«Je suis un type ordinaire qui utilise des techniques extraordinaires.» Parce qu’il s’est lui-même sorti d’une situation de harcèlement scolaire à 12 ans en «libérant sa puissance intérieure», Byron Leon sait que la solution aux problèmes ne réside pas «dans le faire, mais dans l’être».

Entendu, mais comment changer son être profond? «En identifiant ce que j’appelle l’embryon», répond le spécialiste du subconscient et de l’inconscient – deux notions similaires pour lui – qui s’illustre dans les entreprises et sur les scènes de théâtre. «En matière de stress, par exemple, le simple fait d’analyser sincèrement ce que cet état nous apporte comme récompenses et non seulement comme coûts permet de désactiver le schéma destructeur.» Sous le soleil de Nyon, face au lac, voyage en lucidité avec un intervenant qui est aussi hypnotiseur.

Je stresse, donc je suis important

«J’ai un million de choses à faire», «je suis sous l’eau», «je ne me vois plus les mains». Dans le monde du travail, le stress est l’ennemi à combattre avant qu’il ne s’aggrave et se transforme en burn-out. «Si le stress est inhérent au climat de la boîte dans laquelle j’interviens, je propose de changer la culture d’entreprise, commence Byron Leon. Mais, le plus souvent, le stress est lié à la relation entre le collaborateur et son activité. Sinon, comment expliquer que certains employés soient en burn-out et d’autres non?»

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Admettons. Qu’est-ce que Byron Leon entend lorsqu’il parle de «récompenses du stress»? «Ce peut être une légitimation de la colère: «je suis stressé, alors c’est normal que j’engueule mes collègues». Ce peut être la considération de la direction: «si cet employé est stressé, c’est qu’il se soucie de sa mission». Ce peut être encore une manière de se sentir important – «je stresse, donc j’existe» – ou d’éviter des discussions à la maison – «avec tout le stress au travail, tu m’épargneras tes revendications», etc.»

En fait, poursuit le spécialiste, tout schéma arrive toujours avec ses récompenses et ses coûts. «J’ai connu un fumeur qui se lamentait de son addiction. Quand je lui ai demandé de s’interroger en profondeur sur ce qu’il gagnait à fumer, il a admis que cette pratique augmentait son sex-appeal auprès de son amie et que, dès lors, il était prêt à mettre en danger sa santé (le coût) pour continuer à plaire (la récompense).»

L’honnêteté, la base

Pour Byron Leon, c’est pareil avec le stress. Ses dégâts sont bien connus car largement recensés: il peut vous couper des autres, entamer votre qualité de vie, ruiner votre santé, etc. Mais ce que les personnes qui veulent en sortir devraient considérer davantage, ce sont les «bénéfices» de cet état: «Le principal est de descendre au plus profond de soi et de lister ces apports en toute honnêteté. J’insiste sur l’honnêteté, car je suis toujours frappé par la capacité des gens stressés à ne voir que les coûts de la situation et ignorer totalement les récompenses.»

Cet exercice relève plus de la simple introspection que de l’hypnose, non? «Non, corrige le spécialiste. Lorsqu’une personne ralentit son rythme respiratoire et plonge en elle-même en fixant toute son attention sur un objet, elle est déjà dans un état hypnotique. Et les découvertes qu’elle fait dans cet état suffisent à modifier le schéma. Il suffit qu’elle reconnaisse une vérité comme, par exemple, «je suis stressée, car ça me donne de l’importance», pour que la guérison intervienne d’elle-même.»

L’action renforce le mal

Ce constat, Byron Leon l’a fait enfant. A 9 ans, il a été hypnotisé dans un cirque et en a gardé une «intense impression d’éveil, la découverte que la réalité intérieure était plus réelle que la réalité extérieure». A 12 ans, il est victime de harcèlement scolaire. Suivant le schéma habituel dans notre société valorisant l’action, ses parents l’inscrivent à un cours de karaté pour lui apprendre à se défendre. «Malheureusement, l’action renforce le contexte négatif. Plus un fumeur mâche des chewing-gums à la nicotine, plus il se définit comme fumeur et s’enferme dans ce statut. Dans mon cas, le fait d’apprendre à me défendre a renforcé mon identité de victime et fixé mes agresseurs dans celle de bourreaux.»

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La situation de harcèlement scolaire empire, si bien qu’un jour, Byron se met sur les voies de chemin de fer pour «stopper ce calvaire». «A ce moment, j’ai eu un flash et je me suis souvenu de cette sensation d’éveil, lors de mon expérience d’hypnose au cirque, trois ans auparavant.» Le préado qui habite Coppet se plonge alors dans tout ce qui concerne l’hypnose, rencontre un magnétiseur et découvre que la solution passe par la vision qu’il a de lui-même plus que par des actions de riposte. «Plus je me respectais et me renforçais, moins je me faisais agresser. Quand l’être change, tout change.» Au départ, Byron Leon ne pensait pas enseigner ces techniques. Employé de banque, il les mettait à profit à titre personnel. «Maintenant, je remplis des salles de 1000 personnes, mais je ne suis qu’une courroie de transmission. Je ne fais qu’aider les participants à découvrir leur excellence intérieure.»

Choisir qui on veut être en dupant le cerveau

Evidemment, ça donne envie. Alors on redemande à Byron Leon de nous expliquer comment ces personnes «se libèrent de leurs chaînes et atteignent leur plénitude». «C’est très simple, répond l’intervenant. Lorsque vous vous mettez en transe hypnotique – soit par la respiration, soit par le décompte de 5 à 1, soit par la fixation de l’attention –, vos ondes cérébrales ralentissent et, dans cet état, votre cerveau ne fait plus la différence entre la réalité et l’imaginaire. Si, à cet instant, vous vous imaginez puissant ou serein ou joyeux et que vous chauffez cette idée en la répétant plusieurs fois et en lui associant, par la visualisation, l’image de vous qui correspond, votre cerveau fixe cette identité dans votre subconscient, comme une destination GPS, et vous vous y rendez en pilotage automatique.»

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Mais pourquoi cette nouvelle identité persiste lorsqu’on revient à un état de conscience normal? «Parce qu’on vit toujours sous hypnose, sourit Byron Leon. Regardez un fumeur se saisir automatiquement de son paquet de cigarettes tout en parlant ou en conduisant, il est sous hypnose. Mon rôle consiste finalement plus à réveiller les gens et à les reconnecter profondément à eux-mêmes qu’à les endormir… L’hypnose est un éveil, une prise de conscience, non une torpeur magique.»