Nos maîtres du Lycée-collège de la Royale Abbaye de Saint-Maurice – des chanoines pour la plupart – nous enseignaient, en latin, que des morts il convenait de n’en parler qu’en bien: «De mortuis, nihil nisi bene». Et les bonnes familles radicales du Bas-Valais y envoyaient, génération après génération, leurs enfants y faire leurs humanités!

Même si Adolphe Ribordy ne fréquenta pas «Saint-Maurice», puisant sa culture aux sources d’une laïcité militante, je n’aurai aucune peine à me conformer à ce vieil adage romain, car «Dodo» était mon ami depuis mon entrée dans les Jeunesses radicales pour «faire mes armes», à l’exemple de tant d’autres, gagnés par l’espoir de moderniser le Vieux-Valais.

Notre engagement collectif déboucha, en 1971, sur le «Printemps du Valais»: 130 pages d’analyses et de thèses, dans un style grave, sentencieux parfois. Les meilleurs esprits d’un pays en mutation avaient été sollicités pour nourrir la réflexion: plus tard, certains ont fait de belles carrières.

«Dodo» était le moteur de l’œuvre. Il nous poussait en avant, avec rudesse. A la fin, parce qu’il fallait conclure, il nous enferma une semaine entière, nous les membres du comité cantonal, tels des moines républicains, dans un couvent aux allures de chalet de montagne. Et quand parut le manifeste, «Dodo» ne put cacher sa fierté, même s’il devinait, connaissant son canton, que les principes défendus resteraient longtemps lettre morte. Mais cela ne heurtait pas trop sa nature optimiste, car il croyait en la démocratie radicale comme en une lumière qui éclaire la société. D’ailleurs, n’avait-il pas écrit ces mots en conclusion du livre:

«… La métamorphose de notre canton ne nous laissera pas indifférents. Nous désirons avoir prise sur l’avenir et ce document peut nous y aider en grande partie et pour une première étape… Certains ont, avec ce pays, contracté un mariage d’argent, d’autres un mariage de raison. Nous avons fait un mariage d’amour…»

«Dodo» est parti un samedi soir, fatigué d’avoir lutté, en croyant «aux forces de l’esprit», pour reprendre la formule de Mitterrand. A l’heure de son départ, par une heureuse coïncidence, qui ne doit rien au hasard, la Constituante valaisanne venait d’adopter, à une grande majorité, l’armature proposée dans le «Printemps du Valais» de 6 régions-villes remplaçant les 13 districts, astres morts dans notre ciel politique. Ainsi, l’utopie devient réalité! Faut-il y voir le signe d’une démocratie vivante et la récompense d’un puissant engagement civique?


Lire finalement un ancien entretien (2013) avec Adolphe Ribordy: Adolphe Ribordy: «Le PDC perdra sa majorité dans quatre ou huit ans»