Cannabis mais aussi alcool, ecstasy, échec scolaire, délinquance... La dégringolade peut être rapide, surtout lorsqu'elle a commencé tôt. Mais des remèdes existent. L'un d'eux fait actuellement l'objet d'une étude dans cinq pays européens dont la Suisse, à Genève plus précisément.

C'est la fondation privée Phénix qui la mène sur mandat de l'Office fédéral de la santé publique (OFSP). Quarante jeunes de 13 à 18 ans y sont traités: la plupart ont plusieurs années de consommation derrière eux, des problèmes de scolarité, voire de délinquance. Vingt places sont encore disponibles.

La Fondation Phénix pratique depuis les années 1970 des cures de substitution pour les personnes dépendantes de l'héroïne. Elle a, depuis, diversifié ses activités à des domaines comme l'alcoologie et la lutte contre différentes formes de dépendance: cocaïne, cannabis, jeu, cyberdépendance entre autres. Et depuis 2004, elle dispose d'une consultation spécifique pour les adolescents rencontrant des problèmes d'addiction. C'est cette consultation qui s'est engagée dans l'étude.

«Cette dernière, explique Philip Nielsen, psychologue et psychothérapeute responsable, vise à tester scientifiquement l'efficacité, dans le contexte européen, d'une méthode de traitement mise au point aux Etats-Unis, la thérapie familiale multidimensionnelle ou MDFT.»

A ce nom ronflant correspond une démarche pragmatique: un adolescent qui s'enfonce le fait pour une multiplicité de raisons où l'usage d'un - ou plus souvent plusieurs - produit n'est qu'un facteur parmi d'autres. Le fonctionnement du couple parental, la façon dont ce dernier parvient ou non à s'entendre sur une approche éducative commune, le contexte scolaire, l'apprentissage, les liens avec tel ou tel groupe de copains plus ou moins marginaux, jouent un rôle déterminant. C'est donc à l'ensemble de ces facteurs qu'il faut s'attaquer dans une démarche intensive - au minimum deux séances par semaine -, plutôt brève - six mois -, et décidée.

Les adolescents compris dans l'étude ne sont pas volontaires: la plupart ont été déférés à Phénix par le Tribunal des mineurs, signalés par des professeurs ou des parents. Mais c'est bien avec eux que doit se mener le traitement. Pas très difficile, estime Philip Nielsen, «en général, ils savent qu'ils ont un problème, et si on leur donne des objectifs à la fois ambitieux et réalistes, ils sont d'accord de jouer le jeu». Les parents - ou au moins l'un d'eux - jouent un rôle déterminant dans le maintien en traitement. «Ils partagent la responsabilité de motiver le jeune, de le faire persister.» Une démarche qui nécessite souvent un autre travail de motivation: «Au début, certains patients sont totalement découragés. L'un d'eux m'a dit: «Pour moi, mon fils est déjà mort.»

Résultat: neuf patients sur dix restent en traitement, un taux très au-dessus des moyennes habituelles, relève Marina Croquette-Krokar, psychiatre, directrice de Phénix. Mais est-ce bien efficace?

C'est toute la question. Aux Etats-Unis, la MDFT, élaborée par des chercheurs, a été évaluée avec des résultats favorables. Mais en Europe, c'est une nouvelle venue. L'étude, menée sous l'égide de l'Université de Rotterdam, vise à la comparer à une autre méthode standard sur 500jeunes recrutés dans cinq pays différents.

Dans chaque groupe national, une moitié des patients suit une MDFT, l'autre le traitement standard de référence. La répartition dans les deux groupes se fait par tirage au sort et les deux groupes font l'objet d'évaluations régulières jusqu'à six mois après la fin du traitement.

A Genève, le traitement de référence est la méthode utilisée jusqu'ici par Phénix: une thérapie individuelle mêlant approches psychodynamique et cognitivo-comportementale. Le travail thérapeutique, là aussi, porte sur les différentes composantes du problème - famille, école, milieu plus large, etc. Mais c'est le patient qui doit intervenir sur ces différents facteurs. Seule exception: les - ou le - parents sont tenus au courant de l'évolution du traitement.

Le but de l'étude est de valider scientifiquement la MDFT. Ce qui constituerait une première: en Europe, peu de thérapies familiales ont fait l'objet de validations rigoureuses dans le domaine de la dépendance.

L'autre facteur clé est celui du rapport coût-efficacité: la MDFT implique un engagement important de plusieurs professionnels: psychothérapeutes, médecins, assistants sociaux entre autres. Mais, assure Philip Nielsen, ce n'est pas cher payé si l'on prend en compte l'ensemble des coûts liés à la marginalisation de jeunes gens qui abandonnent travail et insertion sociale pour le recours aux drogues.

Si l'étude est un succès, espère Marina Croquette-Krokar, la MDFT pourra être remboursée par l'assurance de base. Pour le moment, elle est financée par l'OFSP. Et il y reste vingt places, à pourvoir d'ici février 2009. Pour y accéder, trois conditions: avoir entre 13 et 18 ans, au moins un parent disposé à participer et une consommation problématique de cannabis.

Que faut-il entendre par là? En principe, est problématique une consommation qu'on ne parvient plus à maîtriser ou qui entraîne d'autres difficultés - familiales, scolaires, professionnelles, etc. Mais «pour un jeune adolescent, quelques joints par semaine suffisent. En Suisse, on tend à attendre trop longtemps avant de demander de l'aide. Mais un adolescent de 15 ans qui fume régulièrement a des risques importants de développer une dépendance», relève Marina Croquette-Krokar.

Renseignements: Sandra Privet, au 022 869 40 40.