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Selma, Dominique, Aurélie et Elisa (de gauche à droite), élèves au Gymnase français de Bienne.
© Hélène, Tobler

Habillement

Pourquoi les ados ont-ils les chevilles à l’air en plein hiver?

Même en plein hiver, les adolescentes ne se séparent jamais de leurs mini-chaussettes, qu’elles portent avec des baskets basses. Enquête autour d’un phénomène qui glace les adultes

Février. Les frimas ont fait leur come-back, comme annoncé par les météorologues. Normal, le deuxième mois de l’année n’a jamais eu l’habitude de se montrer clément. Alors qu’enfants et adultes continuent de s’emmitoufler, les adolescentes, elles, déambulent en baskets, leur revers de pantalon surplombant leurs socquettes et leurs chevilles dénudées. Brrrrrrr! Quelle mouche de la swag attitude les a donc piquées?

Commençons cette enquête par les principales intéressées. A 16 ans, Dominique et ses copines, toutes Biennoises, ont des idées très claires sur ce qui se fait, et ne se fait pas, depuis qu’elles sont «conscientes de leur style vestimentaire». «Pourquoi je porte des socquettes en plein hiver? Mais parce que je mets des baskets basses toute l’année et que les chaussettes qui dépassent, c’est moche!» Et Dominique d’assurer qu’associer chaussures de sport et chaussettes est le «fashion faux pas» par excellence. Pourquoi? «Mais c’est horrible!», clame Selma. «Vraiment laid…», ajoute Noëlle. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Mais tout de même: que reprochent-elles aux chaussettes? «C’est pas swag, c’est comme ça. Les chaussettes avec les baskets, c’est pour les paumées», tranche Elisa. Voilà qui est dit.

Mais avec leurs chevilles à l’air, elles n’ont pas froid? Non assurent-elles crânement. Sarah, seize ans, avoue pourtant: «Moi j’ai froid quand je me rends à mon école de commerce à Tramelan. C’est à 900 mètres d’altitude.» Elle met des bottes alors? «Ah non, ça fait trop dame!» Elodie reconnaît faire une exception: «Je mets des bottes pour aller promener mon chien.» Le reste de l’hiver, elle se débrouille pour avoir assez de socquettes sous la main, quitte à ruser, comme les autres d’ailleurs. «Quand il n’y en a plus dans l’armoire, il y en a encore! Je replie simplement une partie de mes chaussettes sous le talon.»

Parents perplexes

Evidemment, une telle mode n’enchante guère les parents. Certains n’essaient d’ailleurs même plus de lutter, à l’instar de Vera, qui porte collant et chaussettes en laine sous son jeans, dès l’arrivée des premiers frimas. Alors évidemment, lorsqu’elle voit sa fille Noëlle en socquettes et petite veste en plein hiver, elle secoue la tête très fort. «Je n’arrive pas à comprendre, mais je ne dis rien. Elle sait que je trouve ça stupide. En même temps, comme elle ne tombe jamais malade…» Béatrice, maman de Lia, a rendu les armes. «Au début de l’hiver, je répétais à ma fille: «Ce ne serait pas le moment de mettre des bottes?» Mais là, j’ai arrêté. Je ne veux plus m’énerver. Ça n’amène rien à personne. Après tout, c’est elle qui a froid.» D’autres continuent de résister, comme Souad, la mère de Selma. «C’est un gros problème ces socquettes! Je vois bien que ma fille rentre avec les pieds gelés. Je lui ai acheté des chaussures rembourrées, mais elle ne les met pas.» Tous les matins, c’est donc la lutte. «Je me fâche et lui crie de mettre des chaussettes. Je pense à ma pauvre voisine qui entend ça tous les jours…» Son argument choc? «Je lui dis qu’elle aura de l’arthrose à trente ans!»

Quelle bonne idée. Une menace que pourraient peut-être brandir d’autres parents? Au fait, qu’en pensent les spécialistes? Exposer régulièrement une partie de son corps au froid et à l’humidité, est-ce la porte ouverte aux rhumatismes ou à l’arthrose? Médecin-chef de service du service de rhumatologie des Hôpitaux universitaire de Genève, Cem Gabay est catégorique: «Non, sans équivoque. Le froid et l’humidité n’ont rien à voir avec les rhumatismes qui sont dus à une panoplie de maladies différentes. Un terrain génétique et environnemental, soit des infections bactériennes et virales, peuvent en être la cause. L’arthrose peut être liée à une usure progressive du cartilage, à des facteurs génétiques, des traumatismes ou à un excès pondéral.»

Tout un art

Voilà une réponse qui n’arrangera pas les affaires de Souad, mais rassurera au moins les parents de toutes les écervelées à socquettes. Elles sont nombreuses confirme Alexia, vendeuse chez Foot Locker à Lausanne, temple de la basket. Et elles ont tous les trucs pour que leurs mini-accessoires ne se fassent pas la malle au fond de leurs savates. Car, qui l’eût cru, porter des socquettes et combattre leur humeur voyageuse, c’est tout un art. «Certaines mettent du scotch double face à l’intérieur de leurs chaussures, pour les empêcher de glisser. D’autres achètent une taille de baskets au-dessus pour réduire le frottement.» Pour ce qui est de la couleur, les adolescentes portent en majorité des socquettes blanches. «Mais entre le blanc et le noir, c’est toujours un grand débat. C’est comme pour le caleçon et le boxer.»

A ce stade, il est peut-être utile de faire un point sur cette socquettemania hivernale: elle atteint les ados, n’est pas dangereuse pour leur santé, mais provoque une grande crispation de la part des parents. Au fait, qui doivent-ils donc maudire à défaut de se faire obéir? Kim Kardashian? Beyoncé? Les stylistes? Chacun semble avoir sa petite idée sur le sujet. Henriette Kurt, experte ès styles à la Neue Zürcher Zeitung, penche pour Rihanna ou Miley Cyrus. «En fait, les socquettes et les pantalons 7/8 sont un look luxueux que l’on ne peut se permettre que si l’on est très jeune et très mince et que tout vous va. Le message véhiculé est: «Regardez, je n’ai pas besoin d’habits à la coupe avantageuse.»

Retour du logo

Styliste senior chez Nelly Rodi, bureau international de tendances basé à Paris, Tiphaine Beaurpère, attribue cette mode au revival des années 1990. Elle rappelle que, si historiquement, la socquette fait très écolières, la tendance actuelle s’appuie sur les codes populaires du «streetwear» qui met en avant le marcel, la brassière et le jeans raccourci. «Il y a un côté très «normecore» et très «popu» chez les branchés. Comme dans les années 1990, on affiche la marque de sa basket pour être à la mode. Nous assistons à un retour du logo chez beaucoup de créateurs, alors qu’il avait presque disparu.» Au fait, porter des chaussettes avec des baskets, c’est vraiment un crime? «Oui et non. La modeuse la porte avec des socquettes. Moi-même, je me suis acheté la marque du moment, des Stan Smith. Et même si j’ai 38 ans, impossible de la porter sans socquettes.»

Tiens, c’est vrai, pourquoi cette mode serait-elle donc réservée aux ados? Après tout, dénuder cette partie-là de son anatomie ne demande pas une grande audace. Directeur général de Wolford France, Yves Michel a sa petite idée sur la question. «Une jolie cheville, mise en évidence par une socquette qui va attirer le regard sur cette partie du corps, c’est très sexy.» Ce professionnel voit-il une limite d’âge au port de la socquette? «Aucune. L’important, c’est l’état d’esprit de la cheville qui la porte…»


Tombe-t-on malade parce qu’on a froid?

Mets ton bonnet! Mets ton écharpe! Mets une veste chaude! Ce refrain, répété par tous les parents, est bien connu des enfants, dès l’hiver venu. Au fait, ne pas s’habiller suffisamment chaudement, est-ce la porte ouverte aux maladies? Médecin-chef du service des maladies infectieuse au Hôpitaux universitaires de Genève, Laurent Kaiser explique que rien n’est prouvé en la matière. «Certes il y a du sens et de la cohérence à s’habiller chaudement en hiver et les conseils de grand-mère sont valables, mais ils ne sont pas supportés par la science. Il est difficile de faire la distinction entre les facteurs environnementaux – le froid – et les muqueuses nasales. Il faudrait mettre des virus dans le nez des gens pour faire des expériences.» Le professeur rappelle qu’en hiver, les muqueuses se dessèchent, ce qui augmente le risque d’acquisition de virus respiratoires. «Les cils battent moins dans les muqueuses respiratoires». De plus, les gens sont plus confinés, car on ouvre moins les fenêtres à cause du froid. «Certes, avoir un corps froid augmente la susceptibilité aux infections, mais c’est la combinaison de plusieurs facteurs qui font qu’une personne attrape la grippe ou un autre virus.»

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