Tentant sa chance la semaine passée aux élections locales, l'opposition britannique préconisait le «changement». Le changement a gagné, y compris à Londres. Comme il avait gagné l'an dernier en France avec Nicolas Sarkozy et le mois passé en Italie avec Silvio Berlusconi pour ne parler que de ses victoires les plus récentes. La défaite du changement en Espagne ce printemps devrait être compensée par un probable triomphe aux Etats-Unis cet automne, quel que soit l'élu.

Les fourneaux démocratiques marchent au changement. L'opposition veut toujours changer ce qu'installe le pouvoir en place. Rien que de normal. Mais le changement est devenu si payant politiquement que le pouvoir lui-même change sans cesse ce qu'il vient de changer afin de prouver sa capacité d'être à la fois le pouvoir et l'opposition et d'occuper ainsi les deux fonctions les plus populaires dans la cité, celle de décideur et celle de critique.

Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy excellent en ce double positionnement: activistes du changement, toujours prêts à montrer ce qui ne va pas, fût-ce au terme de leur propre réforme. Le Christoph Blocher conseiller fédéral a lui aussi surfé sur les deux rôles, ce qui a déplu aux gardiens des institutions mais comblé le quidam.

Car si le «changement» est la valeur, il s'en suit que le statu quo ne vaut rien. S'il faut changer la réalité que nous avons sous les yeux, c'est qu'elle n'est pas bonne. Est-ce vrai? Est-ce un peu vrai? Ou est-ce une construction sociale qui convient au fonctionnement de la démocratie et des médias mais qui finit par les déborder? Le fait est qu'une candidature électorale sans autre programme que le respect de l'état des lieux n'a aucune chance. Pas une carrière politique ne se bâtit sans une apologie du changement.

L'idée du changement en politique a pour motif l'amélioration d'une situation mauvaise. Il s'agit de rendre les gens plus libres, plus heureux et plus prospères. Mais si le changement, de grave, exceptionnel et responsable, se banalise et devient permanent, son motif lui aussi s'éternise: la situation est constamment mauvaise, voire impossible à améliorer. Arrivent alors les cyniques «on ne peut rien faire, autant en rire, faire semblant et empocher», suivis des populistes, «les politiciens ne servent à rien, à bas le gouvernement, vive le peuple».

Le changement se métamorphose en un principe de validation du mécontentement et donc des mécontents, il s'impose non plus comme un espoir du mieux mais comme une consécration du caractère inchangeable des choses et des gens. Trois politiques différentes pour les banlieues françaises en moins de dix ans par le même parti persuadent les Français qu'il n'y a vraiment rien à faire pour changer les banlieues.

Troquant une nature optimiste pour une nature pessimiste, le changement perpétuel protège contre le changement nécessaire. Il obscurcit les analyses, il lasse. Loin de soigner la déprime, il la creuse.

J'essaie de comprendre pourquoi je vous entretiens chaque semaine des changements dans la vie des chats, des Suisses, des machines à café ou des rapports de force à l'ONU. Est-ce si important?