Les autorités islandaises ont nommé deux femmes pour diriger deux des trois banques maintenant nationalisées du pays. Elin Sigfusdottir prend la Landsbank et Birna Einarsdottir dirigera Glitnir. L'annonce, la semaine passée, semble avoir ramené un certain calme sur le marché financier islandais en déconfiture. Elle signalait ce que les journaux économiques appellent «un changement de culture» face au risque. Les deux nominations, écrit l'un d'eux, «représentent un rejet visible et immédiat du mâle qui prend des risques sous l'effet de la testostérone». Ce poison, désormais reconnu comme très nocif sur la scène financière, a maintenant son antidote, Elin et Birna. La planète entière a les yeux rivés sur l'Islande: le malade guérira-t-il?

Quantité de recherches académiques ont montré que les femmes prennent moins de risques d'investissement, se méfient davantage et ont moins d'accidents boursiers que les hommes. Cela se vérifie autant dans le monde riche que dans le monde pauvre. Dans le microcrédit, par exemple, il est notoire que les femmes sont de meilleures partenaires que les hommes, demandant moins, remboursant mieux et ne cherchant pas à s'acheter une bagnole avec le premier bénéfice venu.

Peut-être ne devrais-je pas ajouter une guerre des sexes à la crise financière, déjà assez grave comme ça. Il n'est pas exclu en effet que les risques inouïs pris par des hommes en situation d'euphorie hormonale aient été inspirés par l'irrépressible besoin d'offrir des cadeaux à des femmes, lesquelles ne protestaient pas, bien au contraire, admiraient les performances et les encourageaient en vue de l'achat du nouveau modèle SUV-BMW plus smart pour amener les enfants à l'école dans un petit tailleur Acrys qui a encore augmenté de prix, quelle barbe mon chéri. Pouvoir et acquisition des femmes sont les deux motifs combinés de la grandeur et de la décadence des hommes, c'est prouvé depuis deux mille ans. On sait depuis moins de temps que toutes les femmes ne se laissent pas acquérir, ce qui laisse des chances à Elin et Birna en Islande.

D'abord, il est clair que même si elles avaient envie de prendre des risques, elles n'en auraient plus beaucoup l'occasion. Elles vont donc devoir se contenter d'être de bonnes banquières, avec toutes les qualités de prudence et d'honnêteté dont on rêve pour ceux auxquels on confie nos économies. Des banquières pour temps de disette, rassurant leurs clients, les dissuadant d'en vouloir plus pour leur argent.

Quand elles auront fini tout ce travail, le malade guéri, on leur demandera certainement de laisser la place à des banquiers sachant profiter avec audace des situations assainies qu'elles auront créées. On louera le savoir-faire de ces messieurs, mesuré à leurs bénéfices. Elin et Birna écriront leurs Mémoires. Tout sera rentré dans le désordre.

P. S. qui n'a rien à voir. Un tribunal grec a débouté un groupe d'habitants mâles de Lesbos qui souhaitaient interdire l'usage du terme «lesbienne» à toute autre personne que les citoyennes de l'île. (Celles-ci n'avaient rien demandé.)