Quand un drame survient, le réflexe est d'en chercher la cause. Il faut ensuite trouver les coupables, ceux du premier rang et des rangs suivants, jusqu'à ce qu'on puisse couper un nombre raisonnable de têtes et que l'indignation et la colère s'épuisent.

La crise financière donne lieu à un concert mondial d'arguments sur l'origine du désastre et sur ses responsables. Il est clair pour tout le monde qu'ils sont américains. Mais quels Américains? L'unanimité n'est pas faite. La gauche dénonce les hauts cadres de la finance et leurs salaires pharaoniques; les traders dévoyés mus par le seul appât du gain (comme s'il existait d'autres raisons de pratiquer ce pénible métier). De Reagan à Bush, une logique idéologique perverse a conduit à la catastrophe.

La droite accuse les emprunteurs d'avoir voulu vivre au-dessus de leurs moyens, de s'être montrés faibles face aux démarcheurs de crédits tentants. Certes, ceux-ci ont poussé le bouchon trop loin mais à la fin, le client a quand même mis sa signature sous le contrat. Dans la bonne tradition, la droite vise les Noirs, emprunteurs encore moins solvables que les Blancs et dont Clinton en personne protégeait l'accès aux banques, précipitant ainsi la crise, honte à lui.

J'avais mon camp, vous pensez bien, heureuse d'assister à la déconfiture des maîtres chanteurs de Wall Street (quoique inquiète pour ma caisse de retraite), lorsqu'une lettre de lecteurs dans le Financial Times a attiré mon attention sur d'étranges coïncidences.

Un correspondant anglais rappelle que l'activité solaire est inexplicablement faible ces temps-ci. Un calme semblable n'a pas été enregistré depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle, période dite de «petite glaciation», pendant laquelle «de grands bouleversements sont survenus dans l'histoire britannique». A cette occasion, conclut le lecteur, «il a fallu la révolution anglaise et l'exécution du roi pour résoudre la crise économique et sociale profonde du pays».

Exécution inutile, à vrai dire, puisque à en croire Stanley Jevons, l'économiste anglais dont l'auteur de cette lettre fait grand cas, «la configuration des planètes, qui gouverne le soleil, lequel gouverne les récoltes et donc le prix des aliments, des matières premières et le marché de l'argent, est au bout du compte la cause lointaine des grandes catastrophes commerciales».

L'histoire économique tient pour excentriques les trois articles de Jevons sur la coïncidence des cycles solaires et économiques: Les cycles solaires et le prix du blé (1875), l'Explication physique de la périodicité des crises commerciales (1878) et Crises commerciales et taches solaires. Les économistes préfèrent ramener les choses humaines au niveau où les humains peuvent leur donner une suite en mettant des gens en prison, en édictant des règlements, en faisant des révolutions ou des prières.

Mais s'il devait ne pas y avoir de lien entre le cycle solaire et la chute de Lehman Brothers, il y en a un entre le refroidissement brutal des marchés et le réchauffement compensatoire de notre amour pour la Confédération, son gouvernement et sa banque, saints protecteurs de nos économies, amen.