En 2007, nous dit l'Office fédéral de la santé, le taux de fumeurs dans la population résidente âgée de 14 à 65 ans s'élevait à 29%. Il a baissé par rapport à 2001 mais pas par rapport à 2006. Les hommes étaient 33% à fumer, les femmes 24%. Entre 20 à 24 ans, 45% des garçons fumaient, et 35% des filles. Les premiers ne donnent aucun signe de décrochage, contrairement aux secondes, qui montrent de l'inquiétude. Les personnes plus instruites renoncent plus facilement que celles qui le sont moins.

Depuis 2001, l'Office de la santé observe nos comportements par des enquêtes trimestrielles qui touchent chaque année 10000 personnes. Comment fume-t-on, que fume-t-on, où achète-t-on les produits à fumer, les sondeurs sondent.

Ces 29% de fumeurs qui résistent à une vision saine de la vie sont un casse-tête pour le pays, un danger. L'OFS réfléchit à des messages plus efficaces, de nature à les convaincre d'amender leur comportement. Pour 2008, le slogan est «la fumée en moins, la vie en plus». Il positive. Au lieu d'asséner des mises en garde brutales comme «la fumée tue» sur les paquets de cigarettes, nos autorités valorisent la norme sociale qui consiste à ne pas fumer, elles confortent les non-fumeurs dans leur choix. Elles cherchent à «véhiculer un sentiment de joie de vivre» en l'étayant «par des faits scientifiques».

C'est hyperrassurant comme attitude. On sent tout le soin qu'elles mettent à frayer le bon chemin pour le tiers de la population, près d'une personne sur trois, soit la même proportion de celles qui votent UDC et que personne n'essaie de sensibiliser aux dangers qu'elles courent pour elles-mêmes et font courir à leur entourage.

Le diagnostic est pourtant établi: l'UDC agit sur les citoyens comme une drogue, particulièrement tentante pour la tranche d'âge 19-25 ans. Elle est surtout consommée en groupe et si ses conséquences ne sont pas immédiatement visibles, on sait qu'à moyen et long terme elle défait ce que certains spécialistes appellent «le tissu social» ou d'autres «le fondement institutionnel» du pays.

Il n'existe cependant aucun Office fédéral de la santé politique pour prendre en charge ce problème de plus en plus lancinant. Au contraire, arguant du fait qu'un citoyen sur trois consomme de l'UDC, des politologues plus ou moins patentés affirment que ce produit doit être reconnu comme utile - d'aucuns disent même nécessaire - au bien-être national. Mais c'est comme avec le cannabis, il y a toujours des têtes brûlées ignorantes du danger.

Où sont donc, face à ce défi, les conseils éclairés, les politiques «positives». Qui lancera «l'udécé en moins, la vie en plus»? Qui essaiera de «véhiculer» auprès des consommateurs shootés au nationalisme «un sentiment de joie étayé par des faits scientifiques»?

L'OFS affirme que «54% des fumeurs souhaitent arrêter de fumer, dont 30% dans les six mois». Ce dernier taux était de 25% en 2001. Qui a procédé à une enquête semblable auprès des consommateurs d'UDC? Combien ont l'intention de renoncer dans les trente prochains jours, dans les six mois, «à une date ultérieure». L'avenir sans UDC est-il moins important que l'avenir sans fumée?