Société

Affaires intérieures. De Vesoul, en toute convivialité

Affaires intérieures.

La convivialité est l'ensemble des relations positives tissées entre les personnes au sein d'une société. Sans vouloir vous accabler en période de bons vœux, je dois vous annoncer qu'elle est en crise. Ça a commencé quand les non-fumeurs se sont plaints des fumeurs, que ceux-ci ont fait semblant de ne pas entendre et qu'ils ont fini par se faire vider des lieux publics. Ça a continué quand les lieux publics ont dû fermer parce que les consommations des seuls non-fumeurs ne suffisaient plus à payer le loyer. Et ça continue de plus belle depuis qu'on se penche sur les moyens de sauver les cafés-hôtels-restaurants-discothèques-bistrots, bars et tabacs (CHRD): là, c'est tout le concept de convivialité qui est en train de s'effondrer.

Un député UMP de Haute-Saône (chef-lieu Vesoul) demande au parlement français d'autoriser les machines à sous dans les établissements désormais privés des fumeurs. (Les jeux de hasard sont interdits en France depuis le 21 mai 1836). «Face à une réglementation de plus en plus contraignante sur l'alcool et le tabac, il devient primordial de permettre aux CHRD de survivre durablement et dignement», explique le député.

A Vesoul, la convivialité n'a jamais été mirobolante, même quand on pouvait fumer Chez Etienne. C'est pourquoi la méthode de sauvetage du député haut-de-saônois manque d'une réelle assurance en matière de relations positives.

Il n'y a convivialité que s'il y a chiffre d'affaires. Il faut donc travailler sur le chiffre d'affaires. Vu le nombre des députés anti-fumeurs et des députés anti-alcool, le député UMP de Haute-Saône s'est emparé de la dernière drogue encore délaissée par les statistiques épidémiologiques: le jeu.

Il dit que les nouvelles technologies de communication peuvent offrir «une convivialité en adéquation avec la société». Il dit que les «appareils à mises et gains limités (AMGL) comme le Bingo» sont conçus de telle sorte que «la recherche irraisonnée du gain ne prenne pas le pas sur le plaisir du jeu». Il dit qu'il veut légaliser l'existence «d'une pratique ludique qui se développe d'une manière clandestine» dans les CHDR, mais «sous réserve que ces derniers acceptent de se soumettre à un contrôle administratif et fiscal strict». Car le député est conscient des «potentielles dérives» et cherche un cadre réglementaire permettant la «protection des mineurs», la «prévention de la délinquance» et la «lutte contre l'addiction».

La loi du député prévoit une interdiction des machines à sous pour le public de moins de 16 ans. Elle insiste sur «la délivrance d'un agrément préalable de l'Administration». Elle requiert l'acquittement régulier de taxes fiscale, sous peine de «lourdes sanctions pénales».

On voit combien la convivialité est délicate à manier. Enrobée de fumée, elle tue; trempée d'alcool, elle tourne à la violence; excitée par des appareils et mises à gains limités (4,5 euros de mise et 150 euros de gains au maximum), elle nécessite mille précautions de gendarmerie.

Heureusement, sa capacité de nuisance est compensée par ses effets avantageux sur l'emploi. La convivialité tue mais, grâce au Bingo, le chiffre d'affaires se porte mieux.

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