Si l’on en croit Henri Dès, c’est à l’école, tagadagada, qu’on apprend les bêtises. Le chanteur romand aurait tout aussi bien pu clamer qu’on y apprend les moqueries. Après le cocon familial et les interactions candides de la petite enfance, l’entrée à l’école marque un tournant dans le développement psychoaffectif de l’enfant. Loin de l’amour inconditionnel des parents, la socialisation dans l’univers souvent impitoyable de la cour d’école met en lumière les différences physiques. «L’enfant se découvre parmi le corps des autres. Cette comparaison engendre forcément une blessure narcissique: il n’est plus le meilleur en tout comme aux yeux de ses parents ou de sa petite sœur», analyse Catherine Krähenbühl qui a travaillé trente ans comme psychologue scolaire vaudoise.

Vers l’âge de 6 ou 7 ans, garçons et filles prennent conscience de l’esthétique du corps. «Parfois c’est avant, selon le comportement des parents. Si une fille est ultra-valorisée pour sa beauté à partir de 3 ans, elle y sera plus vite attentive que quelqu’un dont on aura loué les compétences intellectuelles», souligne Emmanuelle Piquet, auteure de Te laisse pas faire!: Aider son enfant face au harcèlement à l’école. Si l’importance du corps comme compétence dépend du contexte familial, les premiers complexes naissent dans le regard des camarades. Crapaud à lunettes, grosse baleine, dumbo, poil de carotte… trop grand, trop gras, trop maigre, pas assez stylé, trop tacheté de rousseurs, les différences attirent les médisances.