On ne saurait trop vanter les mérites du printemps parisien. Le feuillage vert tendre des arbres n'est pas encore roussi par la pollution. Les habitants retrouvent leur gaîté après l'enfermement maussade des mois d'hiver. Les monuments resplendissent sous le soleil et les cafés se parent de terrasses terriblement attrayantes. Restent deux points noirs traditionnels, l'incessant vacarme automobile et les cohortes des touristes qui encombrent les sites les plus connus de la capitale. La bonne nouvelle: il est facile de s'échapper pour gagner très vite des lieux calmes, enchanteurs et remplis de chefs-d'œuvre.

Oublions provisoirement Versailles et Vincennes, ces résidences royales qui subissent en ce moment de vastes programmes de restauration. La périphérie parisienne est riche d'autres châteaux beaucoup moins connus, donc beaucoup plus agréables à visiter, et tout aussi intéressants.

- Chantilly, le délire d'un prince collectionneur

Avec sa cour de style néo-renaissance échevelé, le château de Chantilly semble conçu pour abriter les ruminations de quelque milliardaire exalté. L'impression se confirme lorsque l'on pénètre dans les sombres salons où jaillissent des bras de bronze tenant des flambeaux. Ce décor surchargé, datant des années 1875-1885, abrite les collections du duc D'Aumale, fils du roi Louis-Philippe, qui y passa les dernières années de sa vie en solitaire après avoir perdu sa femme et ses deux fils.

A sa mort en 1897, le château fut transformé en musée. Et quel musée! On y trouve, exposés dans leur accrochage d'origine, des tableaux de Raphaël, dont les fameuses Trois Grâces, une très belle allégorie féminine de Piero di Cosimo, des Poussin et des Carrache... sans oublier les 44 vitraux Renaissance de la galerie de Psyché, avec leurs poésies de l'époque. Les miniatures médiévales de Jean Fouquet font presque oublier les Très Riches Heures du duc de Berry, chef-d'œuvre de l'enluminure conservé à Chantilly, mais qui n'est pas exposé. Le musée possède l'une des plus belles collections de dessins du monde, visible partiellement lors des expositions temporaires.

A l'extérieur du bâtiment principal, on peut visiter le petit château de la Renaissance dû à l'architecte Jean Bullant, les vastes jardins agrémentés d'étangs et de pavillons, et les Grandes Ecuries du XVIIIe siècle, qui abritent un musée du Cheval.

Pratique: Le château de Chantilly est situé à vingt minutes de train régional (direction Creil) depuis la Gare du Nord. Compter 13 euros 40 pour un aller-retour. Depuis la gare de Chantilly-Gouvieux, on gagne le château en vingt minutes en marchant le long du champ de courses et des Grandes Ecuries. La course en taxi depuis la gare coûte environ 8 euros.

Visites: Tous les jours sauf mardi de 10 heures à 18 heures entre le 1er avril et le 1er novembre. Renseignements au +0033/34 462 62 40 ou sur le site http://www.chateaudechantilly.com

- Saint-Germain-en-Laye, les antiquités oubliées

Le site est étonnant: un mur de pierre cyclopéen s'étire sur une colline dominant la Seine, d'où l'on aperçoit au loin les tours de la Défense. Le mur sert de soutènement aux jardins du château de Saint-Germain-en-Laye, demeure royale qui faillit être démolie avant d'être transformée en musée des Antiquités nationales en 1862. Malgré de pesantes restaurations, l'édifice conserve une belle cour de brique et une chapelle gothique d'une incroyable légèreté.

A l'intérieur se trouvent les produits de fouilles effectuées sur le territoire français depuis le XIXe siècle. Les touristes sont rares, le calme presque absolu. Très didactique, la partie consacrée à la préhistoire replonge le visiteur dans une ambiance «Guerre du Feu» mais ne se contente pas d'aligner les pointes de flèches en silex: on y trouve des sculptures remarquables comme les chamois et chevaux du Roc aux sorciers ou la mythique Dame de Brassempouy, avec son étonnante coiffure rasta.

La section des antiquités gauloise et romaine présente d'inquiétantes idoles au regard vide, comme la divinité d'Euffigneix ou de gigantesques statues sorties de temples païens, mais aussi des objets chrétiens primitifs comme cette rarissime coupe en verre représentant le sacrifice d'Abraham et portant cette inscription: «Vivas in eternos», «Puisses-tu vivre éternellement».

Pratique: Saint-Germain-en-Laye se trouve à vingt minutes du centre de Paris en empruntant la ligne A du RER. Le trajet conduit de la gare souterraine qui se trouve sous l'arc de Triomphe (métro Charles-de-Gaulle --étoile) jusqu'à la place située devant le château. Les trains sont fréquents et le billet aller-retour coûte 7 euros 60.

Visites: Tous les jours sauf mardi de 9 heures à 17h15. Renseignements: +0033/13 910 13 00 ou sur le site http://www.musee-antiquitesnationales.fr.

- Maisons-Laffitte, le temple du bon goût français

La ville de Maisons-Laffitte ressemble à celle, voisine, de Saint-Germain-en-Laye: une banlieue extrêmement aisée, coquette, à mille lieues du cliché sinistre attaché à certains environs de Paris. Le château de Maisons, propriété d'un riche parlementaire du XVIIe siècle, se trouve au milieu d'un petit parc. Dû à l'architecte François Mansart, c'est un exemple parfait du goût français du Grand Siècle de Louis XIV. Ses toits d'ardoises pentus, dotés de grandes cheminées, semblent avoir inspiré d'innombrables édifices, à commencer par la grande poste de la place Saint-François à Lausanne. Les sculptures qui ornent l'intérieur et l'extérieur du château sont d'une finesse exquise.

Pratique: Accès en vingt minutes par la ligne RER A qui part de la place de l'Etoile. Prix de l'aller-retour: 6 euros 80. On peut aussi se rendre de Maisons-Laffitte à Saint-Germain-en-Laye en empruntant la ligne de bus numéro 2 dont l'arrêt est devant la gare.

Visites: Tous les jours sauf mardi de 10 heures à 12h30 et de 14h30 à 18 heures. Certaines pièces du château peuvent être fermées pour restauration. Renseignements au

+0033/13 9 62 01 49 ou sur le site http://www.maisonslaffitte.net.

- Ecouen, splendeurs et horreurs à l'âge des Guerres de religion

Situé sur une éminence à l'orée d'une forêt, le château d'Ecouen soutient la comparaison avec les somptueuses demeures érigées par les aristocrates de la Renaissance sur les bords de la Loire. Ses grands portiques ornés de motifs héraldiques sont dus à Jean Bullant, l'architecte du petit château de Chantilly. De nombreux objets aujourd'hui exposés à Chantilly proviennent d'ailleurs d'Ecouen, notamment les vitraux, les stalles et l'autel de la chapelle.

Il faut dire qu'Ecouen, propriété d'un conseiller du roi Henri II, fut doté lors de sa construction au milieu du XVIe siècle d'une décoration qui en fit l'un des hauts lieux de l'art français. Il en reste des traces importantes aujourd'hui, même si les célèbres Esclaves de Michel-Ange qui ornaient sa cour ont été déplacés au Louvre. Plusieurs cheminées du château sont décorées de fresques maniéristes aux couleurs intactes, avec des motifs de grotesques et des paysages d'une profondeur envoûtante. Le château abrite le Musée national de la Renaissance, à peu près aussi méconnu que son équivalent antique de Saint-Germain-en-Laye.

Les riches objets - meubles, faïences, tapisseries - exposés dans les vitrines feraient presque oublier que le XVIe siècle fut aussi l'époque sanglante des Guerres de religion. Le roi Henri II, en particulier, était un grand persécuteur de protestants. C'est ce que rappelle l'exposition «D'Encre et de sang», qui se tient dans le château jusqu'au 6 juillet. Elle présente les gravures réalisées en 1569 par deux protestants lyonnais exilés à Genève, Jean Perrissin et Jacques Tortorel, qui retracent les principaux épisodes des Guerres de religion en France. L'horreur des massacres perpétrés par les deux camps est l'objet de descriptions précises et méticuleusement légendées. Les scènes de batailles rappellent que les troupes suisses aux ordres du roi jouèrent un rôle décisif dans les défaites infligées aux protestants, dont certains s'exilèrent dans ce qui est aujourd'hui la Suisse romande.

L'exposition présente aussi une rareté, l'étrange tableau de LaMort de Cicéron, attribué au peintre François Dubois, un huguenot exilé à Genève après le massacre de la Saint-Barthélemy. L'église (catholique) voisine du château possède de beaux vitraux, mais elle est rarement ouverte.

Pratique: Accès en vingt minutes environ en train régional depuis la gare du Nord (plateforme supérieure, direction Luzarches ou Persan Beaumont). Le billet aller-retour coûte 6 euros 80. Depuis la gare d'Ecouen-Ezanville, il faut prendre le bus 269 ou marcher environ quinze minutes à travers la forêt en suivant les panneaux indiquant le musée.

Visites: Tous les jours sauf mardi de 9h30 à 12h45 et de 14h00 à 17h45. Renseignements au +0033/13 438 38 50 ou sur le site http://www.musee-renaissance.fr.

- Saint-Cloud, au-dessus de la mégalopole

Situé au bout de la ligne de métro 10, le parc de Saint-Cloud rappelle que de nombreux châteaux parisiens ont subi un sort moins enviable que ceux évoqués ci-dessus: comme Les Tuileries ou le Château de Madrid à Boulogne, celui de Saint-Cloud a été rasé au XIXe siècle. Mais son parc demeure impressionnant, avec ses fontaines et ses perspectives rectilignes tracées dans la forêt. Du petit jardin anglais du Trocadéro, on découvre Paris sous un angle inhabituel: l'agglomération parisienne (12 millions d'habitants) apparaît dans toute son immensité, mais les principaux monuments du centre-ville sont bien visibles.

Pratique: Acès par la ligne de métro 10 (arrêt pont de Saint-Cloud) ou par la ligne 1 jusqu'à la Défense, puis par le tramway T2.

Visites: le parc est ouvert de 7 h30 à 22 heures en été. Accès gratuit pour les piétons. Renseignements au +33 1 41 12 02 90 ou sur le site http://www.dnsc.fr