Entre les mains des guérisseurs (2/4)

Albert Gailland a de l’énergie à revendre

Il a reçu son enseignement au Mexique. Revenu en Suisse depuis six ans, il prodigue ses soins dans le val d’Entremont. Un art qui fait du bien aux patients réceptifs

Bras ouverts, épaules basses, Albert Gailland agite l’air d’un geste méthodique. De sa main droite loin de mon corps, il esquisse des mouvements amples et circulaires. De la gauche, au-dessus de ma tête, mon cœur, mes jambes, il remue ses doigts comme un joueur de cithare. Trier d’un côté, dégager de l’autre. «Quand je vous dirai, vous respirerez comme moi», c’est la seule instruction qu’il a donnée.

Soudain, il s’éloigne. Il lève les bras au ciel et fait frétiller ses mains au-dessus de sa tête. Ses paumes sont tournées vers moi. «Parfois l’aura prend plus de place», explique-t-il, concentré. Il inspire aussi profondément qu’il n’expire. Puis il se rapproche. «Beaucoup d’énergie est accumulée autour de votre thorax. Et votre système nerveux est endormi.» Il décide donc de consacrer la consultation à soigner ces deux symptômes.

Vous sentez, là?

L’encens brûle. «Là, vous sentez?» me demande-t-il. Je me concentre, je ne ressens rien. Que devrais-je sentir? «De la chaleur»… Silence. «Et là, vous sentez?» Non plus… «Ce n’est pas habituel, dit-il, sur cent personnes, seulement deux ou trois ne ressentent rien.» J’ai pourtant fermé les yeux. Je me suis relaxée, j’ai respiré comme lui et j’ai enfoncé mes coudes dans le matelas.

Lorsqu’on demande à ses patients de décrire les soins d’Albert Gailland, aucun ne parvient à donner de réponse claire. Certains disent qu’il travaille avec la lumière, d’autres parlent de cette folle énergie qu’il transmet. Peu comprennent ses explications mais tous affirment qu’en sortant de la maison du guérisseur, malgré les 130 francs dépensés pour l’heure de consultation, ils se sentent mieux. «C’était comme si j’avais abandonné mes soucis chez lui», confiait un patient. «J’ai senti un courant passer dans mon corps, puis sortir de mon ventre», avait expliqué une autre. De mon côté, couchée sous le plafond bas, j’attends que le courant passe.

Lors du traitement, Albert Gailland dit fournir la majeure partie du travail. Le patient n’a besoin de rien faire. En appliquant les mêmes tarifs qu’un masseur à Verbier, il affirme pouvoir guérir autant les addictions que la dépression, l’arthrose, les inflammations, la scoliose ou encore le diabète. Pour ma part, je n’ai rien de tout cela. «C’est ce qui rend votre venue encore plus noble», sourit-il.

L’illusion d’être éveillé

Avant de me coucher sur le dos, il avait tenté de me faire part de sa pratique. L’homme est d’ailleurs en train d’écrire un livre afin de clarifier ses réflexions. C’est ainsi qu’il est arrivé à certaines conclusions comme: «Il n’y a pas de maladie, il n’y a que des malades.» Ou encore «C’est une illusion de croire que l’on est éveillé, car on dort.»

Vêtu d’un jeans délavé et d’une chemise blanche impeccable, le sexagénaire a entamé la consultation par un long discours: «Depuis la nuit des temps, on cherche à l’expliquer.» Quoi donc?, ai-je demandé. «Tout!» Il avait montré le paysage à la fenêtre et touché l’air qui l’entourait. «On ne sait pas à quoi on a affaire. L’univers, est-il une création ou une évolution? Vous savez qu’on en voit que 5% et tant qu’on n’a pas été touché par cette lumière, on ne peut pas voir le reste. Mais une fois qu’on aura tout vu, tout résolu, on pourra devenir cocréateurs.» J’ai tenté de comprendre. Il a tenté de m’expliquer, s’est levé, a ancré ses pieds au sol et retroussé ses manches. Il m’a dit qu’il sentait les particules qui venaient s’abattre contre sa peau.

«Notre société fait une grande erreur en pensant que notre santé dépend de notre corps physique. Car elle dépend surtout de nos émotions et de notre vie passée. D’ailleurs, tant que l’on n’a pas vécu une expérience de sortie de corps en toute conscience, c’est très difficile à comprendre.»

Sortir de son corps

Lui en a vécu deux. La première fois, c’était au Mexique, là où il a vécu plus de trente ans, en vendant des pommes et du bétail. Il avait rencontré une jeune guérisseuse: «J’allais voir ses séances et je prenais des notes. Comme vous, longtemps, je n’ai rien ressenti. Un jour, j’ai demandé intérieurement un signe équivoque qui me fasse prendre conscience de son pouvoir.» Ce signe lui est apparu deux mois plus tard. Lors d’un soin, face à cette jeune femme, il a été projeté par un vent surnaturel quelques mètres en arrière.

«J’ai tout de suite compris que le Christ descendait en elle.» Alors il a commencé à lire la Bible et à suivre les enseignements d’un homme qu’il décrit comme «illettré, mais sage». Sa deuxième sortie de corps, il l’a vécue au Bhoutan. «C’était avec Padmasambhava.» Encore maintenant, ça l’émeut. Des larmes lui montent aux yeux, mais il se reprend. «J’ai cherché des réponses dans toutes sortes d’écrits et peu à peu je trouve un moyen de l’expliquer.» Son livre sortira bientôt.

J’ai payé mon dû et suis sortie, déçue de ne rien avoir ressenti. «C’est sans doute dû à l’endormissement de votre système nerveux», glisse le magnétiseur. Il est pressé, il doit aller chercher ses enfants à l’école et se dirige vers sa voiture, une grosse cylindrée parquée en contrebas. Il confie alors: «J’aime bien quand elles ont de l’énergie sous le capot.»

En dates

1980 Part au Mexique

1985 Rencontre son parrain spirituel

1995 Commence à exercer

2010 Revient en Suisse


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Pour Jean Groux, aller au contact, c’est le plus important

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