Sa voix est calme, posée. Face à la horde des caméras et au crépitement des flashes, le docteur Albert Reiter relate sobrement les heures cruciales qu'il vient de vivre. Crâne dégarni, regard bleu acier derrière des lunettes finement cerclées, ce directeur du service d'anesthésiologie et de médecine intensive de l'hôpital d'Amstetten, qui soigne la plus âgée des enfants d'Elizabeth Fritzl, est le véritable héros de cette incroyable tragédie - celui par lequel le drame a pris fin. Samedi 19 avril, une jeune femme débarque dans le service. Kerstin, 19 ans, a la peau plus blanche que l'albâtre, souffre d'un mal mystérieux, et surtout, elle n'existe pas officiellement: pas de numéro de sécurité sociale, et encore moins de carnet de santé. L'homme qui l'accompagne, Josef Fritzl, son «grand-père» avance des explications confuses: la mère de la jeune fille vivrait dans une secte et aurait souhaité que Kerstin fût hospitalisée. Reiter fait la moue: «80% d'un diagnostic provient de l'anamnèse, l'historique de la maladie. Sans cela...», observe-t-il.

Appel dans les médias

Albert Reiter imagine alors de lancer un appel dans les médias, afin qu'Elizabeth, la mère, vienne expliquer ce dont souffre sa fille. Diffusée aux informations télévisées régionales le vendredi 25 avril, cette information est vue par Elizabeth, qui du fond de sa geôle souterraine regarde la télévision. Elle va réussir à convaincre son père de l'emmener le lendemain après-midi à l'hôpital. Voyant arriver cette femme de 42 ans prématurément vieillie et l'état d'extrême agitation de Josef Fritzl, Albert Reiter appelle discrètement la police, qui débarque en trombe à l'hôpital d'Amstetten, au moment où le tortionnaire et la victime quittent le bâtiment. «Il y avait quelque chose qui ne collait pas dans l'attitude de cet homme», confie simplement ce médecin exemplaire, Sherlock Holmes en blouse blanche.