Soyons nationalistes! Ce samedi étant jour de fête nationale, nos petites saveurs se mettront aux couleurs helvétiques. Après tout, le patriotisme n’est pas le monopole des esprits rancis qui veulent raser les minarets. Les mêmes qui se servent à tout-va de l’emblème, ainsi en le montrant volé par des bras bronzés, dans une nauséabonde imagerie politique.

La croix suisse, apprend-on donc, est alésée. Le terme vient de l’héraldique, la science des blasons. Une pièce alésée, disons une croix, ne va pas jusqu’au bout de la surface qui la porte. Un site spécialisé précise: «Alésé se dit du pal, de la fasce, de la bande, du chevron, de la croix, du sautoir, dont les extrémités ne touchent point les bords de l’écu». Quel festival langagier!

On le sait, le drapeau suisse est le seul au monde, avec celui du Vatican, à être carré. La lointaine origine militaire du blason explique cette particularité. Curieusement, sa forme n’est toujours pas réglementée précisément. Et sa couleur, nous indique le site officiel swissworld.org, n’a été codifiée que depuis janvier 2007: c’est du rouge Pantone 485. Le beau mot «alésé», lui, est attesté depuis 1671. Sur la même base, en mécanique, on parle d’«alésage» pour décrire le calibrage précis des trous d’une pièce de métal. Le tube d’un canon, par exemple. Mais si certains s’acharnent toujours à tirer à la canonnière contre une Suisse ouverte, au sens libéral, ils ne nous voleront pas la fête de la croix alésée.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.