Pour peu qu'elle administre sagement ses ressources, l'Humanité n'a pas à redouter le manque d'eau douce. Les besoins ne cessent de croître, mais les réserves sont immenses: une carte publiée la semaine passée par l'Unesco* en dresse l'inventaire le plus complet à ce jour. 96% des ressources se trouvent dans des aquifères souterrains, dont la plupart sont partagés par plusieurs pays.

Aujourd'hui lundi, la Commission du droit international des Nations unies et l'Unesco présenteront devant l'Assemblée générale de l'ONU à New York, un projet de Convention sur la gestion de ces réserves souterraines transfrontalières. Ce projet, fruit d'un labeur entamé en 2003, devrait donner lieu, après discussions, à l'adoption d'une résolution de l'ONU. Elle comblera un vide juridique en créant le cadre dont pourront dorénavant s'inspirer les Etats pour administrer en bonne intelligence leurs aquifères partagés. Questions à Alice Aureli, hydrologue à l'Unesco.

Le Temps: Sait-on dorénavant tout des réserves en eau douce de la planète?

Alice Aureli: Les connaissances en matière d'eau ne se développent que depuis quelques années. Si les photos satellites permettent aujourd'hui de mesurer facilement l'ampleur des cours d'eau de surface, on est bien loin de posséder des moyens aussi sophistiqués en ce qui concerne les systèmes souterrains. La prospection avance à un niveau régional. Ces systèmes représentent la majeure partie réellement exploitable de l'eau douce sur la planète.

Nous n'avons pas d'idée précise de ceux qui ne sont pas encore exploités ou explorés, mais nous savons où se trouvent la majorité d'entre eux: en Afrique et dans certaines zones humides où il n'y a pas eu de prospection puisque, jusqu'à maintenant, les eaux de surface étaient abondantes.

- Cette carte montre-t-elle qu'il y a assez d'eau pour satisfaire les besoins de la planète?

- Oui. Si on considère que beaucoup d'aquifères ne sont pas complètement ni utilisés, ni contaminés, avec une gestion rationnelle et adéquate, on peut assurer les besoins en eau potable dans plusieurs régions du monde, à très long terme. D'autant que ces réserves souterraines se rechargent. Seuls 10% des aquifères, ceux qui se trouvent en zone aride, ont une très faible recharge.

- Il ne faut donc pas lire cette carte comme celle des conflits à venir?

- Non! Mais les gouvernements doivent englober la gestion des réserves aquifères dans un plan général de développement humain. Et le problème est que les élus ne le sont que pour une certaine période, alors que la gestion de l'eau requiert un regard de long terme.

- Mais doit-on cesser de redouter une pénurie future?

- Non plus. Nous maintenons le signal d'alarme: si la gestion continue comme on l'observe aujourd'hui, si elle n'est pas intégrée dans des visions globales, d'ici à 50 ans les réserves seront épuisées. La menace est intacte, surtout en ce qui concerne les ressources partagées.

- Pourquoi cette Convention des Nations unies marque-t-elle une étape importante?

- Elle pourrait être considérée comme un premier pas vers une gestion pacifique et partagée des ressources naturelles, l'eau étant la plus importante. Ce travail a permis d'exprimer clairement l'urgence. La Commission internationale des juristes de l'ONU va dorénavant plancher sur les réserves en gaz et le pétrole.

* Accessible à tous, avec d'autres cartes, sur: http://www.whymap.org