L’époque est plus bobo que baba, plus concernée que futile, parfois jusqu’à l’absurde: petite collection amusée des choses de la vie quotidienne qui disent qui nous sommes.

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Serge était un peu dépité, après cet été que l’on avait passé à explorer sa personnalité. Après tout, il avait bien le droit d’aimer les couches biodégradables et les hôtels à insectes. C’était son problème à lui, s’il préférait la chanson populaire morte et les vins vivants. L’ironie, le cynisme, c’est facile, il ne cherchait au fond qu’à améliorer un brin les choses, la planète, la vie ensemble. A quel moment le mot bobo était devenu un genre d’insulte?

Le comble, c’est que ce vocable, ce condensé de «bourgeois bohème», c’était chez Maupassant, Bel Ami, 1885, qu’on l’avait dégotté. Ça vous posait les choses, une caution littéraire pareille. Surtout, l’idée même du bobo s’était développée aux Etats-Unis au tournant du millénaire pour souligner l’irruption d’une nouvelle génération, qui remplaçait très avantageusement les terribles yuppies des années 1980. Serge se souvenait de la mâchoire serrée de Gordon Gekko dans le film Wall Street. On voulait le retour de ces gens-là? Bien sûr, il était si évident de les détester. Leur cupidité sans fin, leur acharnement infantile à devenir riches en marchant sur les autres… Bon, c’est vrai: certains étaient toujours parmi nous.

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Brouiller les lignes

Mais le bobo avait bel et bien brouillé les lignes. Et peut-être que les reproches viennent de là, les gens n’aimant que le noir et blanc, la violence des contrastes faciles à comprendre, les batailles politiques tribales. Le bobo avait inventé le concept du «en même temps» bien avant que le président français n’en fasse un truc de rhétorique politique. Serge et les bobos avaient démontré qu’on pouvait avoir de l’humanisme même en étant privilégié. Car oui, il avait assez d’argent, réussi un ou deux petits coups immobiliers, et s’était dès les premiers succès fait traiter de «gauche caviar» par des amis moins chanceux. Mais c’est pour cela qu’il y avait réfléchi, pensant aux conséquences de ses actes, rêvant d’écologie, de croissance durable, décidant de s’acheter un vélo électrique.

Avec cette dernière chronique, il voulait juste qu’on se souvienne aussi de lui comme d’un type qui savait que le monde n’allait pas toujours vers le mieux, et que la vie était un exercice constant d’amélioration. Cela n’excluait ni l’humour ni l’autodérision. Il sorti de sa pochette un vinyle de sa jeunesse, se mit à sourire quand Souchon entonna son fameux Allô maman, bobo. Serge vous salue bien.

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