La journée de Jean Charles de Menezes aurait dû ressembler aux autres: installation d'un système d'alarme contre le feu dans le quartier londonien de Kilburn, puis rendez-vous avec un ami pour casser la croûte à midi. Pourtant, vendredi dernier, à la suite d'une énorme bavure, la vie de cet électricien de 27 ans d'origine brésilienne s'est brusquement interrompue. Il a été plaqué au sol par des agents de Scotland Yard dans la station de métro de Stockwell. Puis tué par huit balles à bout portant. Cinq journalistes du Guardian ont retracé les dernières minutes de sa vie.

«Il m'a appelé pour me dire qu'il serait un peu en retard en raison des perturbations dans le métro», a expliqué au quotidien britannique Gesio de Avila, un ouvrier qui devait rencontrer Jean Charles de Menezes pour discuter de l'avancée du chantier. «J'ai alors dit: «OK, dès que tu arrives à Kilburn, appelle-moi.» C'était la dernière conversation que j'ai eue avec lui.» Inquiété par le retard de son ami, Gesio de Avila a tenté à plusieurs reprises de le joindre. Las, Gesio de Avila s'est endormi vers minuit et demi. «Tout à coup, mon téléphone a commencé à vibrer dans mon lit. C'était un inspecteur de police. Il m'a dit qu'il avait quelque chose de très important à me dire.»

Au Brésil comme à Londres, les témoignages de ses proches affluent. Jean Charles de Menezes était un passionné d'électronique. A l'âge de huit ans, il aimait déjà réparer les radios qu'on lui amenait cabossées. En 2002, voyant qu'il ne pouvait pas exercer son métier d'électricien au Brésil, il décide de partir à Londres pour trouver un emploi. Il débarque en Grande-Bretagne et entame les procédures pour légaliser sa situation auprès des employeurs. La famille de la victime démentait hier une information de la BBC selon laquelle le visa de l'électricien avait expiré et que c'était pour cette raison que Jean Charles de Menezes avait fui en voyant la police. «Ses papiers étaient en ordre, avec un visa légal. Il avait un grand timbre officiel dans son passeport», a expliqué son cousin Alex Pereira, 28 ans, près du périmètre sécurisé de Scotia Road, dans le quartier populaire de Lambeth.

Le jeune homme tué est décrit par ses proches comme une personne «travailleuse, intelligente et affectueuse». Il avait passé plusieurs mois cette année dans son pays natal. «Il prenait soin de nous, et il me donnait toujours beaucoup d'argent», a déclaré sa grand-mère. Un autre ami de la victime, Fausto Soares, qui vit à Londres, a expliqué au quotidien O Globo que Jean Charles de Menezes s'était mis à courir car, «deux semaines auparavant, il avait été agressé par des Anglais, et qu'il devait avoir peur».