Société

Mon amour, mon double

La ressemblance est un signe de correspondance amoureuse. Si les points communs physiques sont inconsciemment recherchés par les deux partenaires, il en va autrement du caractère, où le vieil adage «les contraires s’attirent» s’applique

«Mon enfant, ma sœur, songe à la douceur d’aller là-bas vivre ensemble». Lorsque Baudelaire a écrit ces vers en 1857, faisait-il référence à la ressemblance troublante qui existe parfois entre deux amants? D’aucuns auront peut-être observé dans leur entourage des couples qui partagent les mêmes traits physiques et qui cultivent leur ressemblance jusqu’à une quasi-gémellité. Chez les célébrités, Ethel et Bobby Kennedy, ou Hilary Swank lorsqu’elle sortait avec John Campisi et Kate Moss lors de sa relation avec Johnny Depp, sont des exemples de couples particulièrement bien assortis.

Couples-sosies

Le phénomène des couples-sosies, abondamment décrit dans la littérature et les arts, intéresse depuis de nombreuses années la communauté scientifique. Plusieurs études sont ainsi venues confirmer ce que Baudelaire et d’autres auteurs ont évoqué à demi-mot dans leurs écrits: les individus qui se choisissent pour le mariage ou le concubinage le font presque toujours sur des critères de ressemblance physique. «Si on vous demandait de décrire le partenaire de vos rêves, vous ne diriez jamais que vous voudriez quelqu’un qui se rapproche le plus possible de vous-même, et pourtant selon les données sociologiques, c’est bien lui que l’on recherche et que l’on trouve parfois», analyse Lucy Vincent, docteure en neurosciences et auteure de «Comment devient-on amoureux?».

On observe que les couples se ressemblent bien plus que deux personnes prises au hasard dans la rue

Ces propos font écho à ceux du médecin anglais Havelock Ellis, pour qui les hommes grands se marient généralement avec des compagnes dont la taille est au-dessus de la moyenne. S’agissant de la couleur des yeux, les personnes aux yeux clairs ont tendance à choisir un partenaire qui partage ce trait physique. La même règle s’applique aux yeux foncés.

Peur de l’inconnu

Ce phénomène est universel, rappelle Lucy Vincent. «Dans tous les pays du monde où l’on a procédé au relevé des données, on a observé que les couples se ressemblent bien plus que deux personnes prises au hasard dans la rue. C’est vrai aux Etats-Unis comme en Angleterre, en Corée, en Suède ou au Canada.» Comment expliquer cette attirance pour son double? L’attraction pour une personne qui présente un visage similaire au nôtre résulte en partie de la peur de l’inconnu. «D’ordinaire, nous accordons plus volontiers notre confiance à une personne qui nous ressemble physiquement», explique Laurent Bègue dans son livre «Psychologie du bien et du mal». Dans certains cas, la recherche de ressemblance va plus loin. Ainsi, une fille ayant eu une relation affective de bonne qualité avec son père ou son frère aura tendance à choisir pour partenaire à l’âge adulte un homme qui présentera des similitudes morphofaciales avec ceux-ci.

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Quid du caractère? Cherche-t-on un partenaire au tempérament et aux goûts similaires aux nôtres? Selon le psychanalyste Guy Corneau, le vieil adage «qui se ressemble, s’assemble» ne concerne que 50% des unions, raison pour laquelle la moitié des couples sont mal assortis. En effet, si les contraires s’attirent au début d’une relation sentimentale, à long terme ce type d’union est le plus sûr moyen de multiplier tensions et disputes. Allan et Barbara Pease, auteurs du livre Pourquoi les hommes veulent du sexe et les femmes de l’amour (Ed. First, 2009), observent à cet égard que «les couples qui diffèrent dans leurs goûts et dans leurs valeurs fondamentales sont des candidats tout désignés au divorce».

C’est pas possible, tu as choisi les navets! Moi aussi, j’adore les navets!

Pascal Duret, qui a signé S’aimer quand on n’a pas les mêmes valeurs (Ed. Armand Colin, 2010) nuance toutefois ce propos en rappelant que «l’opposition aide au bonheur car elle aide à se définir par rapport à l’autre. Chacun n’est jamais autant lui-même que lorsqu’il défend ses propres valeurs.» La clé d’une relation sentimentale réussie réside donc peut-être dans la recherche d’un partenaire différent de nous mais aux valeurs et principes «non négociables» semblables aux nôtres.

Quatre profils de partenaires

Qu’est-ce qui pousse certains individus à se mettre en couple malgré leurs incompatibilités de caractère? Guy Corneau explique que nos besoins se modèlent dès l’enfance en fonction de la relation que nous avons eue avec nos parents. Selon lui, il existe quatre profils de partenaires: sécurisant, dépendant, fuyant ou chaotique. «L’adulte qui dans l’enfance s’est senti abandonné deviendra, par réaction, un partenaire amoureux dépendant, qui s’accrochera de peur d’être abandonné. Celui qui s’est senti rejeté par des parents distants et froids deviendra quant à lui un partenaire fuyant, qui aura peur de l’intimité, de l’engagement et de la proximité. Le problème, c’est que les dépendants ont une tendance à se retrouver avec les fuyants et vice et versa, et le drame se répète.»

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Enfin, la chimie amoureuse est aussi une question d’odeur. «L’étonnement qui saisit souvent les amoureux au début de leur histoire quand ils dînent ensemble pour la première fois au restaurant, par exemple lorsqu’ils s’exclament: "C’est pas possible, tu as choisi les navets! Moi aussi, j’adore les navets!", a une explication tout à fait rationnelle, assure Lucy Vincent. C’est précisément parce que vous aimez tous les deux les navets que vous êtes assis l’un en face de l’autre. Vous vous êtes reconnus grâce à l’odeur de navets métabolisés dans votre odeur corporelle, non seulement parce que vous en mangez tous les deux, mais parce que vous surproduisez tous les deux, à cause d’un gène commun, l’enzyme qui digère la cellulose du navet.» L’odeur que nous trouvons si irrésistible chez l’autre ne serait donc que notre propre odeur.

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