Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

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Dans les articles psy, on parle souvent des 50% de couples qui divorcent – de plus en plus tôt, d’ailleurs. On s’intéresse moins à la moitié qui tient bon. Parce que le bonheur n’a pas d’histoire? «Faux», répond Yvon Dallaire. Sur ces 50% de rescapés de la conjugalité, il y en a 30% qui survivent résignés, sans joie ni espoir, et 20% qui réussissent à garder une relation vivante et aimante, affirme le psychologue québécois. Dans Osez l’amour… pour toujours(Ed. Un monde différent, 2018), celui qui est aussi formateur livre les clés qui permettent de rester amoureux après des décennies de vie à deux.

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Abandonner l’illusion du partenaire idéal. Se mettre d’accord sur les désaccords. Dire cinq à dix fois plus de compliments que de reproches. Accepter son conjoint sans chercher à le changer. Voilà les quatre bonnes attitudes qui, selon Yvon Dallaire, maintiennent 20% des «vieux» couples heureux. «Ils ne sont pas plus intelligents ou plus riches. Ils ne sont ni fusionnels ni passionnels. Mais ils ne croient pas à la critique, même constructive. Ils ne sont pas continuellement sur la défensive. Ils ne doutent pas de l’amour et de la bonne foi de l’autre. Ils ne comparent pas ce que l’un fait et l’autre pas.» Autrement dit, ces couples jouent la carte du respect plutôt que celle de la rivalité.

Les obstacles de l’époque

De la tempérance, il en faut d’autant plus qu’«au XXIe siècle, il n’a jamais été aussi difficile de traverser toute une vie avec le même conjoint», observe l’auteur. Déjà, parce que l’espérance de vie est passée de 40 ans en 1850 à plus de 80 à l’aube des années 2000. Ensuite, parce que la révolution des années 1970 a entraîné une baisse des valeurs religieuses. Enfin, parce que les lois sur le divorce sont devenues plus permissives et que «la culture des loisirs et du ici et maintenant rend les gens plus égocentrés».

Si les couples tiennent malgré ces vents contraires, poursuit Yvon Dallaire, c’est qu’ils ont réussi un certain nombre de conversions. La première, peu connue, est de type hormonal. Lorsque deux personnes se rencontrent et tombent passionnément amoureuses, leur cerveau libère de la PEA ou phényléthylamine, une hormone «qui a les mêmes effets que la cocaïne, excite et rend euphorique». Lorsque les conjoints acceptent la baisse de la passion, «leur cerveau remplace la production de PEA par la production d’endorphines, qui, elles, possèdent les mêmes propriétés que la morphine». Alors, observe le psychologue, «ils vivent des jours de bonheur tranquille et peuvent dormir en paix, en silence, dans les bras l’un de l’autre».

L’engagement après l’engouement

La seconde conversion concerne l’engagement profond. Au début de la relation, dire «je t’aime» signifie «je te veux», «je te désire». Plus tard, dire «je t’aime» signifie «je m’engage», «je te respecte». Entre ces deux phases, l’auteur observe souvent une période de réglages et de rapports de force où dire «je t’aime» devient plus rare, car chacun rechigne à abandonner du pouvoir à l’autre.

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La troisième conversion concerne la transition entre le besoin de fusion et le désir d’autonomie. Dans cette idée, Yvon Dallaire consacre d’ailleurs un chapitre passionnant aux couples qui dysfonctionnent, composés d’un(e) dominant(e) et d’un(e) dépendant(e). Sinon, la transition débute lorsque, après environ trois ans, «chacun fait valoir ses besoins particuliers». C’est à ce moment qu’il faut éviter d’accueillir les revendications de l’autre par la culpabilité («c’est de ta faute, si on se dispute»), le pouvoir («si tu ne changes pas, je te quitte»), la jalousie («de toute façon, tu préfères être ailleurs ou avec quelqu’un d’autre») ou la faiblesse («je ne suis rien sans toi»).

Les cinq adoucissants

Comment agir alors, lorsque les attentes de l’autre nous contrarient? Il faut débattre et trouver un terrain d’entente, mais dans un climat bienveillant, répond Yvon Dallaire. Et ceci passe par cinq gestes simplissimes. Tout d’abord, n’hésitez pas à complimenter votre partenaire. En Suisse, on est plutôt réservé, et l’éloge n’est pas notre premier réflexe. C’est un tort. Dire à l’autre ce qu’on apprécie chez lui est une des clés d’une relation détendue. Ensuite, il faut établir les conditions d’une conversation de qualité. C’est-à-dire maintenir un contact visuel, ne rien faire d’autre (pas de cuisine, ni de vaisselle, ni d’écran) et ne pas interrompre sa, son partenaire. Parfois c’est très long, mais la patience est une condition.

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Comme geste adoucissant, le cadeau inattendu a aussi ses vertus. De même que le service rendu. Souvent, on rend service à nos parents, nos voisins, nos amis, etc., mais on oublie notre conjoint, parce qu’il fait partie des murs. Erreur, sanctionne le formateur, aider son prochain signifie aussi aider son «très» prochain! Enfin, Yvon Dallaire recommande de toucher l’autre. Ce n’est pas parce que la conversation est musclée qu’il ne faut pas prendre les mains de son élu(e), l’enlacer, le, la serrer contre soi, etc.

Les écueils standards

C’est que la vie à deux comprend quelques écueils standards. Sans surprise, l’éducation des enfants et l’argent «constituent les deux sources majeures de conflit», commence l’auteur. Pour les enfants, Yvon Dallaire conseille d’arrêter des «principes éducatifs communs et, surtout, de ne jamais défaire ce que l’autre parent vient de faire». Pour l’argent, «l’idéal est d’établir un budget et d’avoir trois comptes, deux personnels et un commun». La belle-famille peut aussi être un sujet qui fâche. Le fonds de commerce des comédies populaires porte sur «la belle-maman qui veut enseigner à sa bru comment s’occuper de son fils et de ses petits-enfants», mais le conflit peut s’élargir. Pas de détail, intime le spécialiste: le couple est prioritaire.

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Et encore? Les tâches ménagères, bien sûr! A notre époque soi-disant émancipée, 75% de la besogne domestique incombe encore aux femmes, en Suisse. Yvon Dallaire conseille aux partenaires de dresser la liste des tâches, de se les distribuer équitablement et, plus difficile, d’accepter comment l’autre les accomplit! Dernier point, mais pas le moindre: la sexualité. Statistiquement, le psychologue estime que l’homme a besoin de faire l’amour au moins trois fois par semaine, quand la femme se suffit d’un seul rapport. A la longue, le décalage peut faire mal. La solution pour ne pas se perdre? Passer cinq heures par semaine en tête-à-tête. Marche, dîner, sorties, peu importe, «l’observation des couples heureux démontre qu’ils se réservent ce nombre d’heures hebdomadaires pour continuer à être attentifs et réceptifs». A vos agendas!