«Il n’y a pas d’amour heureux», chante Georges Brassens. C’est vrai que, souvent, quand on aime, on aime trop, à la volée, de manière désordonnée. Or, on peut très bien structurer une relation sans perdre la puissance du sentiment. C’est en tout cas ce qu’avance François St Père, psychologue québécois, dans Amoureux et heureux malgré nos différences, un ouvrage paru ce printemps aux Editions de l’Homme.

Lire aussi: Non, le divorce n’est pas une fatalité

Le spécialiste conjugal y parle bien sûr de la théorie de l’attachement, ce principe qui veut qu’on choisisse inconsciemment une personne qui comble nos failles d’enfant. Il y décrit aussi les systèmes émotionnels, sortes de réactions réflexes et affectives en fonction des situations. Mais, plus utile encore, le spécialiste montre comment la connaissance détaillée du tempérament de l’autre adoucit la relation. Avant de donner dix conseils pour rouler à deux dans la même direction, sans nids-de-poule ou tunnels interminables.

De quatre à neuf tempéraments

Le tempérament, donc. «D’origine génétique, le tempérament ne peut pas être changé. Il demeure le même de l’enfance à la vieillesse», expose l’auteur. Qualifié de carte d’identité, ce capital détermine «le niveau d’activité, d’attention, d’anxiété, de timidité, d’irritabilité et d’adaptabilité de chaque être humain». Dès lors, mieux vaut bien connaître celui de sa moitié, car, même s’il est discret quand tout fonctionne, «le tempérament se dévoilera forcément lors d’un conflit, d’un deuil ou de toute autre épreuve».

Dans l’Antiquité, on classait par quatre les différents tempéraments. Le sanguin, le mélancolique, le bilieux et le lymphatique. Aujourd’hui, neuf caractéristiques déterminent notre carte d’identité.

Le niveau d’activité, soit la capacité à rester tranquille versus l’envie de bouger sans arrêt; la rythmicité des fonctions biologiques, c’est-à-dire les horloges de chacun pour ce qui est de manger, dormir, travailler, etc.; la réaction d’approche ou de retrait devant de nouveaux stimuli, soit notre réticence ou notre appétit face à des expériences inédites; le degré d’adaptabilité, ou notre capacité à apprivoiser ou non un nouveau collègue, un nouvel appartement; le seuil de tolérance, ou comment, dans le train, on supporte la conversation téléphonique de son voisin; l’intensité des réactions émotionnelles, certains pratiquant le flot de manifestations, d’autres le petit ruisseau; la qualité de l’humeur; la persévérance et la concentration.

Compatibilité compliquée

Si on reprend ces neuf critères, disons que si votre compagne ou compagnon est speed quand vous êtes cool, va dormir quand vous vous réveillez, veut tout tester alors que vous êtes d’une nature sceptique, fait déjà la fête avec le nouveau voisinage quand vous décrochez encore les cadres de l’ancien appartement, sort en t-shirt par -15° alors que vous frissonnez dans un intérieur à 22°, chante sa joie quand vous chuchotez ou encore change d’activités toutes les cinq minutes alors que vous rêvez de vous plonger dans votre roman pour, au minimum, une journée, votre couple s’annonce assez mouvementé…

Lire encore: Sortir des émotions négatives, travaux pratiques

Mais la relation n’est pas impossible, rassure le thérapeute. Chacun doit juste se souvenir des différences fondamentales de l’autre pour ne pas les lui reprocher. Sans cela, c’est l’enfer sur terre. Souvent, chaque conjoint parle de bonne volonté ou d’efforts à faire en adressant à l’autre la liste de ses attentes… C’est une option, sauf que, pour le tempérament qui, donc, est inscrit dans l’ADN de la personne, répète François St Père, la marge de manœuvre est faible, voire nulle.

Mais alors, faut-il aimer un autre soi-même pour que le couple fonctionne? Bien sûr que non, répond le conseiller conjugal. Mais si les tempéraments sont très différents, mieux vaut suivre les dix «bonnes attitudes» suivantes pour développer une relation harmonieuse et éviter que la foudre ne frappe sans cesse le foyer.

Les dix clés pour roucouler

En premier lieu, recommande le thérapeute, il faut toujours exprimer ses besoins ou déceptions avec douceur. «Je suis contrariée que tu aies oublié que nous devions jouer aux cartes avec Patrick et Sophie» est mieux que: «Comment peux-tu être aussi égoïste? C’est bizarre, tu n’oublies jamais quand c’est important pour toi! J’aurais dû me douter que tu allais me gâcher ma fin de semaine!»

Ensuite, il faut accepter de changer d’opinion. «Les recherches de John Gottman ont démontré que les hommes qui acceptent d’être influencés par leur conjointe connaissent un taux de succès de 80% dans leur vie de couple.» Etre sur la défensive ou bouder amènent rarement de la joie dans la maison. La même étude a établi que les femmes étaient en général «mieux disposées à accepter les idées de leur partenaire». Un ange passe…

Débusquer les vrais enjeux

Avoir une bonne écoute et une attitude compréhensive, faire preuve de respect mutuel ou rassurer l’autre figurent aussi logiquement parmi les dix leviers d’une bonne conjugalité. En termes de respect, par exemple, «les époux peuvent argumenter avec acharnement, mais à la fin de la discussion, ils conviennent de trouver une solution à leurs différends, ensemble», note l’auteur. Pareil pour le réconfort. «Pour être rassurant, il faut pouvoir abandonner le regard critique, même si l’on se sent menacé ou contrarié.»

Lire aussi: L’amour ou le périlleux pari de la paire

En sixième lieu, il est bon de repérer les vrais enjeux du discours de l’autre. Lorsque votre partenaire dans la force de l’âge vous parle de l’agressivité de sa collègue trentenaire, peut-être est-il plutôt question de sa propre peur de vieillir et d’être sur la touche. Bien souvent, on sent intuitivement que l’angoisse porte sur un autre sujet que celui que son vis-à-vis exprime, mais on le laisse se dépatouiller avec son discours de surface, au lieu de l’accompagner en profondeur.

Tout vouloir savoir de l’autre

Mettre l’accent sur les qualités de l’autre, lui offrir son soutien et avoir des objectifs communs comptent encore au nombre des dix bonnes attitudes à développer pour huiler la relation.

Mais le dernier levier se distingue. Car c’est sans doute le plus bénéfique… et le plus difficile à actionner: s’intéresser à l’univers de l’autre. Si 67% des couples connaissent une baisse de satisfaction après la naissance du premier enfant, c’est parce que les conjoints perdent de l’intérêt réciproque, explique François St Père. Or, s’intéresser à tout ce qui intéresse votre partenaire est un sésame indispensable pour le bonheur conjugal. Autrement dit, votre chéri ou votre chérie doit vous passionner autant que si c’était votre… meilleur·e ami·e!

Phrase miracle

Vous pensez que c’est déjà le cas? Ce test alors: êtes-vous capable de répondre à ces questions? «Qu’est-ce que mon partenaire aimerait faire ce week-end?» «De quoi mon partenaire a-t-il été fier récemment?» «Quelle est la dernière fois qu’un événement a conduit mon partenaire à douter de lui-même?» «Quel est le sujet de brouille récurrent entre mon partenaire et ses parents?»

Si vous séchez, vous pouvez toujours sortir votre dernier joker, sourit l’auteur. La phrase miracle, celle qui, prononcée avec un sourire des yeux, efface toutes les brouilles et apaise toutes les tempêtes: «Viens dans mes bras!»