Quels sons! Un air de tropiques, de sable blanc et d’oiseaux aux couleurs éclatantes… Un nom de perroquet goguenard, rouspétant sur la véranda – influence du champ sémantique de Tintin, sans doute… Bref, l’anacoluthe («Anna», «col» et «ut», pour la charade) – nom féminin, ce qui écarte un peu le perroquet – se montre d’emblée généreuse dans le dépaysement. On va voir qu’elle l’est plus encore, avec ses subdivisions méconnues.

L’anacoluthe consiste en une discontinuité, voire une rupture, dans la construction d’une phrase. On mentionne pour exemple «tantôt il neige, ou alors il grêle». Le Gradus de Bernard Dupriez cite également «elle berce et sourit à son enfant». Le terme, indiquent les étymologies des dictionnaires, émane du latin «anacoluthon», «absence de suite».

Les experts nuancent le caractère de coupure nette de l’anacoluthe. En outre, il existe des variations. S’il s’agit d’une phrase reprise en cours de route, ainsi pour ajouter un élément resté implicite, le Gradus parle d’«anapodoton», et renvoie à «réamorçage».

Il peut aussi y avoir abandon de la phrase en cours de route. Exemple indiqué par le Dictionnaire de poétique et de rhétorique d’Henri Morier: «Tantôt il s’enthousiasmait à l’idée de ce voyage, et puis qu’avait-il à gagner loin de son pays, des siens…» Ce cas accrédite l’idée des spécialistes, selon laquelle l’anacoluthe renverrait avant tout au langage parlé. On pourrait ajouter: ou à une formulation imitant les aléas, les heurts, voire les incohérences, de la pensée intérieure. Dans cette dernière figure – l’abandon de la syntaxe initiale de la phrase –, on a affaire à un «anantapodoton». Là encore, l’imagination peut divaguer, songeant à un lézard pataud alangui à côté de notre perroquet. Comme boîte à surprises langagières, ­notre anacoluthe n’est pas avare.