Détox: lâcher prise cet été (1/5)

Directrice des Editions L’Age d’homme, Andonia Dimitrijevic a opté pour la voie végane

Ses recettes savoureuses ont de quoi séduire les plus carnivores des mangeurs

Pour Andonia Dimitrijevic, c’est arrivé comme une évidence: à l’âge de 12 ans, elle est devenue végétarienne, après avoir vu une vidéo «terrible» montrant une vache lâchée vivante du haut d’une grue dans un camion. Depuis, plus question d’avaler de la chaire animale.

Elle a peu à peu abandonné les œufs, le lait, le fromage. En 2009, elle a arrêté de porter du cuir, de la laine, de la soie. Eliminé, aussi, le moindre résidu de produit animal qui se dissimule dans les cosmétiques, les bonbons, jusque dans les jus de fruits. Andonia Dimitrijevic est devenue végane.

La trentenaire aux cheveux de jais, piercings symétriques sur les joues et éternel trait d’eye-liner, milite à sa façon pour la cause animale. Avec charme et douceur.

Elle a repris la maison d’édition L’Age d’homme après la disparition de son père en 2011, dans un accident de voiture. Très vite, elle y amène sa patte en créant la ligne V – pour Vegan. Une collection de livres qui renferment des recettes gourmandes et végétales, ou dévoilent la philosophie d’une vie sans produits issus de l’exploitation des bêtes. «Ce n’est pas du tout dissonant avec la ligne de la maison, estime la jeune femme. Mon papa aimait mettre en avant ce dont on ne parle pas.»

Aux yeux d’Andonia Dimitrijevic, le véganisme prend source dans une posture éthique: «Manger de la viande est le résultat d’un rapport de domination de l’homme sur les animaux que je refuse.»

La jeune femme a été membre de l’association LausAnimaliste, devenue Pour l’Egalité Animale (PEA). Elle s’est éloignée du militantisme choc qui caractérise les milieux de défense des animaux, mais n’a pas cessé pour autant de partager ses convictions. Plutôt que de brandir des images qui retournent l’estomac, elle prend les gens par les papilles.

Tous les derniers dimanches du mois à l’Espace Dickens, à Lausanne, elle organise des Vrunches – brunches véganes – avec le collectif Veganopolis. L’événement n’a pas tardé à faire parler de lui: grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux, il regroupe jusqu’à 350 aficionados, pas seulement des convertis. C’est l’atout d’Andonia Dimitrijevic: convaincre sans choquer, attiser la curiosité plutôt que soulever la culpabilité autour d’une cause sujette à railleries et controverses.

Mercredi soir, la jeune femme accueillait le Vegan Tour dans les locaux de sa maison d’édition, autour d’un repas canadien 100% végétal. Le mouvement, initié par une poignée de militants écologistes français, parcourt les villes de Toulouse à Lille, en passant par Lausanne et Genève, organisant des pique-niques pour pointer du doigt l’impact de l’alimentation sur le climat.

Parmi les curieux qui se sont déplacés ce soir-là dans les locaux de L’Age d’homme, il y a des écologistes convaincus. Ils ont dévoré l’enquête de Jonathan Safran Foer sur les filières industrielles de la viande et du poisson, ou subi le documentaire Earthlings, qui montre, durant près de deux heures, la face la plus sombre de l’abattage aux Etats-Unis.

«Notre corps n’a besoin d’aucun produit animal pour bien fonctionner. On mange de la viande par goût ou par habitude. Ce ne sont pas des raisons suffisantes pour ôter des vies», estime Michelle, 22 ans. Demandez si on ne peut pas, tout de même, trouver des éleveurs qui produisent de la viande dans le respect des animaux. On vous répondra: «Oui, tout comme on peut trouver des esclaves heureux.»

Derrière sa barbe et ses longs cheveux, Nicolas tente de démythifier le véganisme: «C’est à la portée de tous», assure-t-il. Son revirement alimentaire à lui a tout d’une conversion: «J’étais mal dans ma peau, pas en accord avec moi-même et mon environnement. En changeant ma façon de manger, j’ai trouvé l’éveil, la fraîcheur, l’esprit d’entreprendre.»

A côté des militants de la cause animale, quelques jeunes urbains branchés se sont joints au mouvement. Loïc, 25 ans, a abandonné viande et produits laitiers pour des raisons de santé: «Ça a tout changé. Je ne suis plus malade, je me réveille de bonne humeur.» Il a convaincu son frère, Quentin, de s’y mettre à son tour. «Depuis, j’ai pris confiance en moi», affirme le jeune homme de 23 ans. Son ami Lionel suit la même voie depuis neuf mois. «J’ai plus d’énergie», affirme-t-il.

Les trois Genevois ont plus des allures de hipsters que de gourous du véganisme. Loïc entame une carrière de policier. Quentin étudie à la Haute Ecole de gestion. Ils ont grandi avec les excès de l’industrie alimentaire et les scandales des dernières décennies: vache folle, poulet aux antibiotiques, lasagnes de bœuf au cheval… «On a voulu aller trop loin. Il est temps de revenir à la base», explique Quentin.

Ils mettent à mal les croyances qui veulent que les végétaliens souffrent de carences alimentaires. Tous les trois pratiquent du sport à haute dose: natation, course à pied, vélo, musculation, yoga.

Ils citent comme référence Frank Medrano, star de la musculation, végétalien. Ou encore le joueur de tennis Novak Djokovic, qui attribue sa forme fulgurante à son régime alimentaire, sans produits laitiers ni gluten, composé essentiellement de fruits, légumes et céréales.

Loïc, lui, croit au pouvoir de la nourriture: «Il y a quelque chose de spirituel. Rien de religieux, mais, quand j’ai changé ma manière de manger, c’est comme si les nuages se dissipaient devant moi

A mesure qu’arrivent les curieux, la table se recouvre de mets. Rouge, vert, noir, violet, corail, ivoire et toutes les nuances de jaune: la cuisine végane ne manque pas de tonalités. Ni de piquant. Galettes de polenta croustillantes aux olives. Pommes de terre nouvelles grillées dans leur peau. Poivrons juteux et lentilles croquantes.

Andonia Dimitrijevic décrit avec poésie «tous les chemins qui mènent à un gâteau moelleux», sans beurre ni lait. Prenez de la patate douce, du sucre de canne blond, un peu d’huile d’olive, de l’essence de vanille, de la poudre à lever, de la farine de blé et du vinaigre de pomme.

C’est bluffant: le résultat, un muffin dodu, évoque le goût du beurre caramélisé. «Cuisiner sans produits animaliers pousse à la créativité», sourit Andonia Dimitrijevic.

«Manger de la viande est le résultat d’un rapport de domination de l’homme sur les animaux que je refuse»

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