Chaque début de semaine, «Le Temps» propose un article autour de la psychologie et du développement personnel.

Sujets précédents:

A comme attente

«J’ai choisi un vétérinaire qui accepte de recevoir d’autres animaux que les chiens et les chats. J’ai ainsi rencontré des lézards, des pigeons, des hérissons, des canards, des tortues, des serpents, même un cochon. Un étonnement? Dans une salle d’attente, il n’y a plus de classes sociales, uniquement des personnes très attachées à leur compagnon de vie et désireuses de partager leur passion. J’ai aussi remarqué la fréquence des démonstrations physiques. Souvent, les propriétaires caressent leur animal, passent un doigt dans une cage, taquinent un flanc. Ils sont très câlins.»

B comme balance

«C’est l’élément central, aucun animal n’échappe à la pesée. Déjà, le moment est drôle, car certains refusent de monter sur la balance, d’autres ne veulent plus en descendre. Mais le plus singulier, c’est de voir comment le poids des bêtes est investi par les maîtres. Une femme enrobée s’inquiète des 100 grammes perdus par son chat en trois jours, tandis qu’un autre maître est au contraire gêné par l’embonpoint de son animal reflétant le sien. La projection est constante. D’ailleurs, comme chez le médecin, il est souvent question de régimes. J’ai appris que le régime de haricots verts est très efficace pour les chiens!»

C comme coût

«Pas facile de parler d’argent. Jusqu’où doit-on dépenser pour soigner, sauver un animal? Ou simplement pour le nourrir? Un jeune homme s’est privé de vacances pour payer les 3000 francs qu’a coûté l’ablation d’une tumeur chez son chien. Une femme, amie des pigeons, débourse 3500 francs chaque mois pour acquérir des graines qu’elle distribue à ses protégés. Et que penser encore de ce propriétaire de perroquets qui dépense 600 à 700 francs mensuels pour les entretenir? Avant cette immersion, j’aurais pu être choquée par ces coûts. Après avoir côtoyé ces personnes, je réalise l’importance du lien.»

Lire aussi: Les animaux domestiques ont-ils une vie de chien?

D comme deuil

«La notion de mort est très présente, car beaucoup de propriétaires viennent euthanasier leur animal. Ce sont des moments terribles. Il y a eu cette dame qui n’arrivait pas à faire le deuil de son chat et revenait souvent au cabinet pour des motifs futiles. Je me souviens aussi d’un couple d’Italiens qui s’apprêtait à faire piquer sa chatte. Le mari était totalement mutique, alors que la dame n’arrêtait pas de parler. Poignant. Perdre un animal, c’est un vrai deuil. Quand vous avez vécu avec un chien pendant près de vingt ans – ou quarante-cinq ans pour une tortue! – c’est un membre de votre famille qui disparaît. Et parfois, c’est l’unique compagnon de vie. Comment, dès lors, ne pas le pleurer?»

E comme éducation

«L’éducation est toute une affaire. Une dame âgée avait un chien de 2 ans complètement intenable. Elle se faisait engueuler par les joggers et les cyclistes et, exactement comme des parents dépassés, se demandait ce qu’elle avait fait de faux. Il y a aussi les maîtres qui avouent dormir avec leur chien ou leur chat. Ou qui les laissent monter sur la table, manger leur plat. Ou encore cette grand-maman arrivée avec un coq pour lui faire administrer des injections de manière à ce qu’il chante moins fort! Sans oublier cette propriétaire qui présente sa chienne comme une «gueularde». Le bruit est souvent un sujet de discorde. Parfois, les maîtres en rient, parfois moins.»

G comme grrrrrognements

«Dans une salle d’attente, les différents bruits d’animaux sont une vraie bande-son!»

J comme joute

«Des lignes au sol séparent les animaux susceptibles de se défier. Certains propriétaires n’entrent pas dans la salle d’attente si d’autres animaux y sont déjà. La compétition peut être féroce, les maîtres sont aux abois.»

M comme maltraitance

«Les récits de personnes ayant récupéré des animaux maltraités sont un classique. Plus que les circonstances des souffrances animales souvent tenues secrètes par la SPA, SOS chat, etc., ce sont les soins donnés ensuite, très chers, qui sont détaillés par les sauveurs. Sans doute pour se valoriser. Mais aussi pour s’offusquer de la cruauté humaine. Comme cette dame racontant que des boulettes de mort-aux-rats sont disséminées dans les parcs pour empoisonner les chiens. La discussion porte aussi sur les chiens de laboratoire à qui on offre une seconde vie. Chaque fois, l’indignation domine.»

P comme pigeon

«Je trouve les passionnés de pigeon très poétiques. Cette petite dame qui s’identifie aux pigeons. Comme eux, elle se sent rejetée et mal-aimée. Elle dépense beaucoup d’argent pour les nourrir, mais plus encore, je suis fascinée par la solidarité de ces défenseurs qui se réunissent la nuit pour, tels des cambrioleurs, disperser les graines en catimini. C’est une communauté très particulière qui tente de réhabiliter un animal mal-aimé.»

R comme renifleurs de cancer

«J’ai d’abord imaginé une affabulation, mais après avoir vérifié auprès de l’Institut Curie, à Paris, qui mène également l’enquête à ce sujet, j’ai accordé du crédit à cette dame qui raconte que sa chienne Sydney a flairé sa tumeur au pancréas avant qu’elle ne se manifeste. Il existerait bien des chiens détecteurs de cancer.»

T comme tortue

«Elles me font rire. D’abord, elles s’appellent toutes Caroline et, surtout, elles vivent des expériences inédites. Comme cette tortue qui hiberne dans le bac à légumes du frigo de sa proprio! La tortue est intéressante, car elle pose la question de la hiérarchie. Quand un enfant réclame un animal, les parents réticents offrent, dans l’ordre, une tortue, un cochon d’Inde, un chat, puis un chien. Il y a une hiérarchie de l’encombrement.»

W comme waf waf

Waf waf et miaou miaou. Les stars des foyers. En 2020, la Suisse compte 1,722 million de chats et 503 000 chiens, en grande majorité chez les 44% de ménages helvétiques possédant des animaux de compagnie.

Z comme zoo

«Zoo pour le côté spectaculaire des animaux. Il suffit de voir le succès des vidéos de chats sur internet. D’ailleurs, dans la salle d’attente, un écran diffuse un montage de plusieurs de ces vidéos animalières et les expressions des maîtres qui les regardent sont sidérantes. L’émotion devant une maman singe qui berce son petit. L’admiration devant un chien qui réussit à monter une échelle. Les rires devant les acrobaties des chats… Zoo aussi pour les NAC, ces nouveaux animaux de compagnie, des mygales aux serpents, qu’un jeune homme prétend trouver dans la rue! Enfin, le zoo, c’est encore le zoo humain, cette ressemblance fréquente entre le maître et son compagnon de vie. Pas de cage, mais un vrai miroir.»


Chez le véto, Béatrice Guelpa, recueil de chroniques parues dans Le Matin Dimanche, Ed. Favre SA, Lausanne, 2020