Adorés, choyés, les animaux domestiques qui prennent leurs aises dans nos foyers sont de plus en plus nombreux. Selon l’Amicus, la banque de données nationale pour les chiens créée par l’entreprise Identitas, 551 953 chiens ont par exemple été enregistrés en Suisse en 2016, contre 539 650 en 2015. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi.

«Nos villes ressemblaient à une immense ferme au XIXe siècle. Les bêtes d’élevage vivaient jusqu’en centre-ville, à une époque où la voiture n’était pas encore apparue. Aujourd’hui, à l’inverse, nos villes ont été complètement nettoyées de toute présence animale. Tout au long du XXe siècle, il y a eu une disparition de l’animal de l’espace public. Sa présence s’est en revanche accrue dans l’espace privé, même s’il ne s’agit pas du même type d’animal», explique Damien Baldin, chercheur et auteur de Histoire des animaux domestiques, XIXe-XXe siècles (Seuil, 2014).

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La proportion de citadins augmentant, ils sont donc nombreux à vivre dans des logements sans jardin, ni lien avec le monde extérieur, environnement naturel des chats et des chiens. La question peut sembler anecdotique aux yeux de certains, mais mérite toutefois d’être posée: «Les animaux de compagnie qui vivent avec très peu d’espace naturel dans l’hypercentre des villes sont-ils victimes d’une certaine sorte de maltraitance animale?» interroge Damien Baldin.

Les troubles du comportement du chat confiné

Il n’y a pas une réponse unique à cette question. Tous les chats ou les chiens n’ont pas les mêmes besoins de s’évader dans la nature et leurs maîtres vont adopter des comportements très variés concernant l’interaction de leur animal avec le monde extérieur. Certains propriétaires promènent leurs chiens deux heures par jour, d’autres 20 minutes seulement. «Les animaux domestiques apportent un peu de nature dans nos espaces de vie, mais ils ont leurs propres besoins biologiques, dont nous devons être conscients si nous voulons prendre soin d’eux», explique le professeur Dennis C. Turner, un éthologue spécialiste du comportement et de la psychologie des chats, dont l’institut de recherche est situé à Zurich.

Selon lui, le confinement d’un chat dans un appartement n’est pas une mauvaise chose pour le bien-être de l’animal si le félin n’a pas vécu dehors par le passé, ou si l’appartement est assez grand pour fournir au chat la possibilité de satisfaire ses besoins physiologiques et psychologiques. Mais une fois ces conditions remplies, il faut satisfaire les besoins du chat d’intérieur. «Il n’y a pas une taille minimum requise pour un appartement où vit un chat, mais il faut qu’il ait au moins une pièce où il puisse se retrouver seul sans la présence de son maître où d’un autre chat s’il a besoin de calme.»

Les statistiques montrent qu’une proportion plus forte de chats vivant en intérieur est atteinte de troubles du comportement, par rapport aux chats vivant au moins en partie en extérieur

Dennis C. Turner, un éthologue spécialiste des chats

«Dans un appartement, un chat a aussi besoin que certains critères soient remplis pour se sentir bien. Si ce n’est pas un chat social, il ne doit pas vivre avec un congénère – et inversement. Il doit aussi avoir un espace où se réfugier en hauteur, un arbre à chat pour faire ses griffes et régulièrement de nouveaux objets pour jouer. Cela lui permet de découvrir de nouvelles odeurs. Le propriétaire doit aussi le stimuler en mimant des parties de chasse, par exemple en bougeant une plume comme si c’était une proie», détaille l’éthologue, auteur du livre Le chat domestique: la biologie de son comportement.

Cependant, Dennis C. Turner reconnaît que «les statistiques montrent qu’une proportion plus forte de chats vivant en intérieur est atteinte de troubles du comportement, par rapport aux chats vivant au moins en partie en extérieur. Il y a des signes qui montrent qu’un chat a des troubles mentaux: il urine hors de sa litière dans une pièce où il a l’habitude de vivre et dormir, il développe un comportement agressif envers son maître ou un autre chat vivant avec lui, il miaule de manière intempestive et bruyante.»

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Sortir son chat en laisse

Prendre soin de son animal domestique se heurte parfois à nos habitudes sociales. Aux Etats-Unis, David Grimm a écrit dans le New York Times une tribune titrée «Oui, vous devriez promener votre chat en laisse», qui a été commentée 532 fois par des internautes sur le site web du journal américain. Auteur de Citizen Canine, dans lequel il retrace l’évolution de notre relation avec les chats et les chiens, David Grimm expliquait dans son opinion qu’il avait décidé, avec sa compagne, de promener leurs deux chats en laisse «afin qu’ils voient un monde plus vaste que notre appartement étroit de 74 mètres carrés, au cœur de Baltimore», même si cette pratique le fait passer pour un original auprès de ses voisins.

«J’ai été très surpris du nombre de réactions positives que j’ai reçues après la publication de ma tribune, nous raconte David Grimm. Je pense que de plus en plus de gens se soucient du bien-être de leur animal. C’est une tendance sociétale, même s’il est évidemment impossible de dire quelle proportion de citadins prend vraiment en compte les besoins de leur animal.»

Il avertit cependant que promener son chat à l’extérieur n’a rien d’un exercice facile. «Vous aurez des chiens qui vont venir embêter votre chat, vous devrez patienter le temps que votre chat se motive à bouger de l’herbe où il s’est assoupi, mais c’est quelque chose qui contribue à son bien-être. En ville, il y a trop de dangers à laisser son chat se promener en liberté. Le tenir en laisse est un juste milieu entre sécurité et bien-être», dit-il.

Beaucoup de gens sortent leur chien cinq minutes deux fois par jour uniquement pour qu’il puisse faire ses besoins. Mais un chien n’est pas physiologiquement fait pour être sorti seulement quelques minutes par jour en laisse

Damien Baldin, auteur de «Histoire des animaux domestiques, XIXe-XXe siècles»

Et qu’en est-il alors des chiens? Les huskys qui sont promenés le long des quais ou dans les parcs sont-ils des animaux heureux quand on sait que ce type de chien aime courir plusieurs kilomètres par jour? «Beaucoup de gens sortent leur chien cinq minutes deux fois par jour uniquement pour qu’il puisse faire ses besoins, car les excréments d’un chien en intérieur, ce n’est pas gérable. Mais un chien n’est pas physiologiquement fait pour être sorti seulement quelques minutes par jour en laisse», note le chercheur Damien Baldin.

L’analyse du professeur Dennis C. Turner va dans le même sens. «Le chien est une espèce très sociale. Aussi longtemps que l’animal est avec son maître, il n’est pas stressé et plutôt heureux. Mais les humains doivent promener leur chien au moins quatre fois par jour pour un total de plusieurs heures et cela quelles que soient les conditions climatiques, pour lui permettre de rester en bonne santé mentale et physique.»

Une exigence difficile à appliquer dans la vie de tous les jours, entre le travail, la vie de famille, les loisirs. Si le temps vous manque, des entreprises spécialisées proposent de promener votre chien ou votre chat à votre place, comme le site web Petsitting24, qui met en relation des particuliers partout en Suisse, ou la plateforme Youpijob qui propose par exemple le service «Faire promener son chien à Genève».