Le doute aura plané deux ans et demi, attisant le débat concernant les éventuels effets sur la santé de la téléphonie mobile. Aujourd'hui, une équipe de chercheurs l'affirme sans ambages: «Une exposition de courte durée au rayonnement des antennes UMTS - le système de télécommunication de 3e génération - n'induit aucun effet sur le bien-être des êtres humains!» Cette conclusion est le fruit de recherches visant à répliquer une étude menée en 2003 aux Pays-Bas, qui avait débouché sur des résultats préoccupants.

Des scientifiques de l'Institut TNO de La Haye désiraient comparer les effets potentiels sur le bien-être et les capacités cognitives du rayonnement électromagnétique émis par les relais du réseau GSM - le système actuel utilisé par la majorité des téléphones portables - à ceux induits par les antennes UMTS, qui doivent leur succéder. Selon les chercheurs, l'exposition aux ondes UMTS péjorait le bien-être de tous les participants (nausées, maux de tête, vertiges), alors que ce n'était pas le cas avec le GSM. Ces résultats avaient surpris les communautés industrielle et scientifique, car les effets étaient observés déjà moins d'une heure après l'exposition au rayonnement UMTS. Et la méthodologie de l'étude de subir alors diverses critiques.

Malgré la retenue des scientifiques néerlandais eux-mêmes quant au caractère définitif de leurs conclusions, celles-ci ont résonné comme une alarme dans les milieux concernés. En Suisse, début juin 2004, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a recommandé à la Commission fédérale de la communication de revoir les dispositions réglant l'entrée en vigueur de la technologie UMTS. De même, plusieurs communes ont décidé de suspendre la construction de toute nouvelle antenne UMTS sur leur territoire. Et cela jusqu'à la publication de l'étude suisse.

Sous l'égide de la Fondation de recherches indépendante «Communication mobile», cette étude a reproduit les travaux néerlandais. 33 personnes se déclarant sensibles à l'électrosmog, ainsi que 84 non-électrosensibles ont été recrutées. Pendant les expériences menées en double-aveugle, ces sujets étaient soumis durant des périodes de 45 minutes tantôt à un rayonnement UMTS de 1 Volt/mètre (V/m) - ce qui correspond au champ électromagnétique moyen atteignant une personne dans une habitation située à 100 mètres d'une antenne -, tantôt à aucun signal. Désirant aller plus loin que l'étude TNO, les expérimentateurs les ont aussi parfois soumis à un champ de 10 V/m. Les participants devaient auto-évaluer leur bien-être à l'aide d'un questionnaire et effectuer des tests de mémoire et d'attention. Ils tentaient aussi d'estimer la valeur du rayonnement appliqué.

Les résultats ont été publiés hier dans la revue Environmental Health Perspectives. «Aucune des intensités de champs expérimentées n'a altéré le bien-être des sujets, et les rayonnements n'ont aucune influence sur les fonctions cognitives», a résumé Peter Achermann, professeur à l'Université de Zurich et responsable de l'étude. Mais attention - et ce n'était pas son but initial -, l'étude ne dit rien sur les conséquences des expositions de longue durée aux rayonnements des antennes, ni même sur l'exposition à l'intensité des ondes émises par les téléphones eux-mêmes, qui est beaucoup plus importante, ni encore sur d'autres effets possibles, psychologiques ou autosuggérés par exemple.

Qui croire? «Pour apprécier les risques, l'étude suisse est plus fiable», estime Martin Röösli, du Département de médecine sociale et préventive de l'Université de Berne, qui a participé au projet. Car la méthodologie a été affinée, deux intensités de rayonnement UMTS ont été prises en compte, et un plus grand nombre de sujets ont participé aux expériences.

Toutefois, l'étude néerlandaise incluait des mesures avec un signal GSM. Ainsi, même si celui-ci semblait inoffensif - ce qui a conduit les Suisses à laisser cet aspect de côté -, les sujets étaient soumis au total à une quantité dissemblable d'ondes. Cette disparité n'a-t-elle pas pu jouer un rôle? «On ne peut pas l'exclure à 100%, répond Peter Achermann. Nous voulions uniquement répliquer la partie UMTS. Mais je doute que les résultats aient été très différents.»

Philippe Hug, de son côté, est convaincu du contraire: «C'est de la foutaise! Car pour répliquer une étude, on ne doit pas en changer le protocole», s'emporte le fondateur de l'Association romande pour la non-prolifération d'antennes de téléphonie mobile. Qui dénonce aussi le fait que les trois opérateurs suisses et un fabricant de téléphones (Nokia) figurent parmi les donateurs de la Fondation «Communication Mobile» (FSM). Par ailleurs, ces travaux, d'un coût de 723000 francs, ont été financés pour 40% par ces mêmes opérateurs, et pour le reste par trois offices fédéraux (OFCOM, OFEV, OFSP) ainsi que par quatre ministères néerlandais. «L'indépendance de ces recherches a été garantie à tous les niveaux, tant lors de sa mise sur pied que lors de l'analyse des résultats», a coupé Gregor Dürrenberger, chef de la FSM.

Pour les autorités fédérales, cette étude permet de rassurer la population. «La probabilité est désormais beaucoup plus grande qu'il n'y ait pas d'effets sur le bien-être liés aux antennes UMTS, a affirmé Jürg Baumann, chef de la section Rayonnement non ionisant à l'OFEV. Cela montre aussi qu'en l'état des connaissances, les valeurs limites d'émissions imposées protègent suffisamment.» Pour rappel, ces seuils sont même 10 fois plus bas en Suisse qu'à l'étranger.

Du côté de la Sitca, l'association qui regroupe les trois opérateurs Orange, Sunrise et Swisscom Mobile, on se réjouit de ces résultats: «Nous attendons désormais une reprise des procédures d'autorisation bloquées dans certaines communes et villes de Suisse et une décrispation [au sujet des antennes UMTS]», a déclaré son représentant Michael Burkhardt.

Le débat global, lui, est loin d'être clos. Car de nombreuses autres questions restent sans réponse, sur les effets à long terme avant tout. Le Programme national de recherches 57, lancé par le Conseil fédéral, et qui devrait commencer cet automne, permettra peut-être d'y apporter quelques éléments de réponse.