Les participants à l'étude ont été répartis en deux groupes. L'un a reçu des vitamines et des minéraux antioxydants sous forme de comprimés à dose nutritionnelle (ce qui signifie que la même dose se retrouve dans une alimentation normale riche en fruits et légumes). L'autre groupe a reçu un placebo. Des bilans intermédiaires ont été opérés auprès des participants, en mesurant les taux sanguins de vitamines C et E, de bêta-carotène, de zinc et de sélénium.

Pendant la durée de l'étude, il y a eu 174 décès, 271 cardiopathies ischémiques et 562 cancers. Ces derniers ont constitué la première cause de mortalité. C'est précisément en matière de cancer que les résultats sont les plus intéressants: «Il a été observé significativement moins de cancers dans le groupe des hommes qui ont reçu les antioxydants, à doses nutritionnelles, par rapport au groupe placebo» (124 contre 88). A noter que la différence se retrouve pour chacune des localisations des cancers (digestifs, ORL, respiratoires et peau), ce qui tendrait à montrer que les antioxydants offrent une protection générale contre le cancer, toutes localisations confondues.

Chez les femmes en revanche, on a dénombré 171 cancers dans le groupe placebo et 179 dans le groupe antioxydants. Pour les auteurs de l'étude, cette absence apparente d'effets chez les femmes résulte «de leur meilleur état nutritionnel au début de l'étude en ce qui concerne les antioxydants».

Le nombre de décès s'est avéré significativement moins important chez les hommes recevant des antioxydants (40 contre 63), ce qui représente une diminution de 37%. Mais là aussi, et pour les raisons indiquées, on n'a pas noté de différence chez les femmes (35 contre 36).

Les chercheurs n'ont en revanche pas observé d'effet protecteur des antioxydants contre les maladies cardiaques. Toutefois, des taux de bêta-carotène bas, en raisons d'une alimentation déséquilibrée, augmentent les risques de maladies cardio-vasculaires. Les résultats de l'étude conduisent ses auteurs à dire que 15 000 nouveaux cancers pourraient être évités chez les hommes de 45 à 60 ans en France, et plus de 40 000 cancers tous âges confondus.

Faut-il donc, fort de ces résultats, se jeter sur les compléments vitaminiques, dont l'offre est quasi illimitée? Surtout pas! recommande le Dr Serge Hercberg, directeur de l'Institut scientifique et technique de la nutrition et de l'alimentation, et coordinateur de l'étude: «Le message que j'adresse aussi bien aux femmes qu'aux hommes, c'est de ne surtout pas se jeter sur les compléments alimentaires. L'étude a montré qu'il était inutile de se supplémenter plus que nécessaire. Et il est préférable d'avoir des apports en antioxydants issus de fruits et de légumes, car on profite ainsi de nombreux autres composants bénéfiques de ces aliments (folates, fibres,…).»

Les compléments sont d'autant moins conseillés qu'ils peuvent avoir des effets pervers, par exemple en détournant certains consommateurs des fruits et des légumes au profit de ces substituts en comprimés. De plus, remplacer fruits et légumes par des gélules peut conduire à manger davantage de produits peu sains, comme les aliments gras et sucrés. La seule réserve concerne la vitamine E, qu'il est difficile de trouver en quantités suffisantes dans l'alimentation quotidienne.

Ces recommandations seront-elles suivies? Pas sûr. Pour une bonne partie de la population active, qui ne rentre pas à la maison à midi, manger des légumes et des fruits cinq fois par jour au minimum constitue une gageure parfois insurmontable, tant l'offre des restaurants et des «fast-foods» est inadaptée. Dans ce contexte, les suppléments ont quelque chose de rassurant.