Au total, et rien qu'en Suisse, la montagne a tué au moins 17 fois depuis le début du mois d'août, si l'on en croit le décompte publié en milieu de semaine par l'agence AP. Dans les Alpes valaisannes uniquement, sept alpinistes sont décédés ces deux dernières semaines. La région tessinoise n'a pas non plus été épargnée. Un randonneur de 64 ans n'est par exemple jamais revenu de sa balade. Au Tessin toujours, trois autres personnes sont mortes, victimes de la montagne.

C'est surtout les Alpes qui s'avèrent actuellement dangereuses. Les statistiques de la REGA (voir schéma) notent une recrudescence des interventions dans les Alpes au mois d'août par rapport à l'année précédente, tandis qu'en haute montagne et dans les Préalpes le nombre d'opérations de secours est sensiblement identique à celui de l'an dernier.

Si chaque été apporte son lot d'accidents, une combinaison de facteurs explique la recrudescence du nombre de victimes en août. La météo d'abord. Les fortes précipitations du mois de juillet ont engendré, au-dessus de 3000 mètres, d'importantes couches de neige. Avec l'ensoleillement du mois d'août, le 0 degré est monté à plus de 4000 mètres. En dessous de cette altitude, la neige qui n'a plus gelé pendant les nuits n'a pas réussi à fixer les rochers. Résultat: dès les premières chaleurs du matin, le risque de chute de pierres s'est accru. Ce sont d'ailleurs les courses sur rocher et les parcours pédestres qui ont vu augmenter les accidents. En Valais, aucune chute dans une crevasse n'aurait été constatée. Pourtant, comme l'indique Toni Fux, président de l'Association suisse des guides de montagne, les guides, empêchés par la météo de conduire leurs clients vers des courses prisées comme le Cervin, ont continué à leur proposer des courses sur glacier.

Deuxième facteur, l'affluence soudaine des vacanciers sur les hauteurs. Au refuge de Schreckhorn, dans l'Oberland bernois, la fréquentation de juillet n'avait jamais été aussi basse depuis 1980. En août, avec le retour du soleil, le même lieu a vu sa fréquentation grimper. Près de Zermatt, la cabane Hoernli, qu'un malheureux alpiniste espagnol de 29 ans cherchait à rejoindre quand il a fait sa chute mortelle, affichait elle aussi complet depuis le 9 août, selon son gardien Kurt Lauber. Et puis, la météo ayant privé les vacanciers d'excursions, ceux-ci semblent s'être souvent précipités en montagne dès le retour du soleil. En prenant parfois, sous le coup de l'impatience, moins de précautions que d'habitude.

Reste que, au-delà de cette brusque augmentation de décès, «chaque été, c'est la même histoire: une partie des randonneurs n'est pas suffisamment préparée», comme le résument en substance les organismes de secours en montagne. L'alpiniste espagnol aurait-il survécu s'il était parti accompagné et encordé? Peut-être. «Les personnes surestiment leurs capacités, elles manquent de condition physique, n'ont pas le matériel adéquat. Elles ont tendance à se mettre en route trop tard, et donc à rentrer trop tard aussi. On les trouve sur les pistes à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Elles ne parviennent pas à regagner à temps leur refuge», constate un guide de la maison de sauvetage Air-Glaciers. Une mauvaise gestion du temps que confirme le peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix qui attribue essentiellement les accidents au fait que les expéditions ne démarrent pas suffisamment tôt et se terminent trop tard. Côté français justement, quatre personnes sont décédées, qui faisaient partie d'une cordée de dix alpinistes emportés par une avalanche de pierres à la Tour Ronde dans le massif du Mont-Blanc.

La société de sauvetage Air-Glaciers, qui déploie ses activités en Valais, estime qu'il y a environ 30 décès chaque été en Suisse.