L'Aygo déboulera cette année sur les pavés du Vieux Continent. Elle est fabriquée en République tchèque. Ses géniteurs, Toyota, Peugeot et Citroën, commercialiseront le modèle chacun sous son nom, même si 92% des pièces sont communes. Toute la différence entre l'Aygo, la Peugeot 107 et la Citroën C1 se loge dans les 8% restants, localisés sur l'avant de la carrosserie. Toutes trois sont nées d'une nécessité faite loi: produire en masse des voitures à prix plancher.

La mini-citadine connaît sa cible: le «jeune d'Europe». La définition de ce spécimen, telle qu'élaborée par les Aygo-cerveaux, a nécessité plusieurs relectures. Car voici: «La mission de l'Aygo est de présenter Toyota à une clientèle nouvelle et jeune. Cette E-génération, ou génération Europe, est faite de célibataires dans la vingtaine, vivant en environnement urbain. Pour eux, les frontières sont en voie de disparition grâce aux compagnies d'aviation low-cost, aux échanges universitaires et à l'usage intensif d'Internet. Nous savons que pour atteindre cette clientèle, il ne s'agit pas de vendre un produit. Il s'agit de créer une expérience.»

Je ne savais pas que voler sur des compagnies à boisson payante, socialiser deux semestres avec des Madrilènes ou des Dublinoises grâce à Erasmus, et surfer sur le Net constituaient le fondement d'une identité. Maintenant je le sais. Ça fiche un coup.

Le pari de la triplette franco-japonaise est assez risqué, il faut donc le saluer. Pensez: les constructeurs doivent convaincre d'achat un individu dont ils ne savent visiblement pas grand-chose, sauf qu'il est toujours ailleurs ou autre part, perdu dans un cliché quelconque. En week-end à Londres, en rave party dans le Larzac, en discussion sur http://djeundetouspays.com.

Contrairement à ses parents ou ses grands-parents à son âge, le djeun, paraît-il, se fiche un peu des bagnoles. Les chiffres le disent de plus en plus. Il est tellement ailleurs, le djeun d'Europe, qu'il n'a plus besoin de voiture (ou alors une Mini Cooper, assortie à son iPod).

A Genève, Toyota ne présente donc pas au djeun une voiture, mais un jus de marketing pressé frais: une Aygo jaune, avec haut-parleurs par dizaines et consoles de DJ intégrées. Car le métier du djeun, c'est toujours un peu DJ. Hélas pour lui, cette plaisante Aygo discomobile, cette promesse du poste de travail délocalisable sur la plage, n'est pas à vendre. Ou alors, peut-être, sur commande… De quoi envoyer planer notre djeun très loin du prix plancher.