Camille est adepte des transports publics, elle récupère l'alu des yogourts et résiste, grâce à sa vigilance naturelle, aux 969 sollicitations fomentées quotidiennement contre elle par des publicitaires diaboliques.

Pourtant, de temps à autre, Camille succombe à un élan irrépressible. Alors elle rejoint secrètement une de ses vieilles amies, conductrice d'une voiture rouge. Une Mini Cooper, tout ce qu'il y a de plus mignonnette et ouvertement tape-à-l'œil. En un instant, Camille balance par-dessus bord, comme un tas de confettis, sa conscience aiguë de la futilité des modes. Aucun médecin n'a pu expliquer ce phénomène, en nette progression chez le Djeun d'Europe (LT du 5 mars) et chez le moins Djeun aussi.

«En route pour une Mini aventure!», lance Camille à chaque fois qu'elle aperçoit la petite rouge. C'est un appel du cœur et le début d'un rire idiot. Ensuite Camille et sa conductrice obéissent à un rite maison: ouvrir à distance la Mini, clic!, puis sauter dedans d'un bond, telles des agentes de Scotland Yard montées sur ressort. Et départ. Soit vers les pentes hasardeuses d'un vignoble; soit, nuitamment, dans des rues désertes. Parfois elles roulent jusqu'à la prochaine boulangerie, parfois jusqu'à la mer.

Au salon, le stand Mini fourmille. Aucune marque n'attire autant de jeunes ni de femmes – elles représentent 40% des acheteurs de la marque. Les enfants aussi adorent se mettre au volant des joujoux présentés à Genève. Il y a la Cabriolet, la Cooper S pour démarrer plus vite, la sportive avec ses lignes blanches longitudinales. Toutes conservent, y compris la Mini avec drapeau suisse peint sur le toit, un goût de London sixties et de Rallye de Monte-Carlo. Là-même où la première Mini Cooper, il y a quarante ans, lançait un phénomène automobile.

En 2001, on a réinventé la Mini. Des vrais malins ont botoxé mamie, en gardant en tête tout ce qui avait fait son charme: la sensation du kart, l'agilité, la tenue de route, un look. Surtout un look. Au stand genevois, les amateurs se fichent un peu des moteurs mais se pâment devant les grands compteurs chromés de la Miss. Tout a été décidé, même le bruit de la portière. Et à Oxford, dans l'usine Mini ultra-sophistiquée montée par BMW, on peine à répondre aux commandes. 185 000 véhicules, rien qu'en 2004. Et un nombre galopant en Suisse, deuxième pays derrière la Grande-Bretagne à lorgner sur les avantages de la petite frimeuse. La Mini, elle, repart en aventure. A toute vitesse, loin de la crise automobile.