Il y a bien des moyens pour attirer le pékin sur un stand. Traditionnellement, c'était la pin-up qui servait d'accessoire aimanté. Mais celle-ci s'est fait rembarrer par «l'hôtesse et le consultant», présentés dans ces colonnes il y a quelques jours. Ceux-ci s'avèrent sociologiquement très corrects, tirés à quatre épingles et hautement professionnels. Le salon a gagné en technique, il a un peu perdu en glamour. On ne peut pas tout avoir, disait l'autre.

Un visiteur qui, explique-t-il, rêvait depuis tout gamin de visiter «Le Salon de Genève» mais a attendu 37 ans pour le faire, clame sa déception. «J'imaginais ici des shows, des mises en scène de voitures mythiques, évoquant Hitchcock ou des courses poursuites à la James Bond! Ce salon, finalement, c'est rien d'autre qu'un garage géant.»

Pourtant, même dans un garage géant, il faut marquer des territoires. Alors ici, on a installé un bar santé, pour la famille. Là, pour assurer que cette berline conviendra à vos exigences et à votre compte en banque, quelques coupes de champagne. Simple, facile à décrypter. Tout le monde pige, c'est l'avantage du langage des signes. Plus tard, le visiteur peut compliquer l'exercice, et tenter de lire dans la jungle carrossière en inspectant les sols: ce n'est pas la même voiture qu'on expose sur un parquet massif (la Jaguar), sur un tapis noir (le bolide «tuné»), sur du béton ou sur un somptueux parterre en verre dépoli.

Pour ceux qui n'ont pas droit à la coupette de champagne – et a priori, pas accès à la berline qui va avec –, il y a des lots de consolation. Le modèle réduit Bugatti, une paire de lunettes Porsche, des gants en agneau signé Maserati ou des boutons de manchettes MG.

Mais il y a plus chic: là où le logo s'efface. Voyez le stand Brabus, par exemple, où l'on expose, toujours en noir, des Mercedes transformées selon les désirs les plus exclusifs (en deux mots: plus gros moteur, donc plus gros amortisseurs et plus gros pneus, donc plus grosse carrosserie, donc plus gros sous). Comme toutes les vraies stars, une Brabus voyage incognito. A peine un petit «B» en lettre d'or, à la pointe du paquebot. Elle ne peut tout de même pas se faire remarquer lorsqu'elle promène à l'ombre les émirs et les oligarques. Le langage des signes automobiles, leçon numéro deux? Le comble de la marque, c'est pas de marque du tout.