Ce 14 juillet 1789, le peuple est excédé, Louis XVI a renvoyé Necker. Un millier d'artisans et d'ouvriers se dirige vers la Bastille pour y chercher des armes. Malentendu? Provocation? On donne l'assaut. De Launay, gouverneur de la place, est exécuté et on libère les sept dernières victimes d'une lettre de cachet.

Pendant ce temps, interné à Charenton, le marquis Donatien Alphonse François de Sade prend son déjeuner. Une vinaigrette tiède de haricots Borlotti, rehaussée d'un hachis d'échalotes Cuisses de Poulets et d'ail rose de Lautrec qu'il a fait venir de son château de Lacoste, en Provence. Avec ça, une papillote de blanc de poularde à l'estragon. Il aura passé quelques années à la Bastille, le temps d'écrire Les Cent Vingt Journées de Sodome, Aline et Valcour et Les Infortunes de la vertu. On le transférera après qu'il eut crié par la fenêtre qu'on égorgeait les détenus. Il sera bientôt libéré pour s'occuper de la réforme des hôpitaux.

Pendant ce temps, dans un caboulot de Saint-Germain, l'officier d'artillerie Napoléon Bonaparte, en permission, déjeune avec sa conquête de la veille, une flamboyante catin irlandaise dont le décolleté, abyssal, expose une gorge laiteuse et rebondie. Gorge qui fait s'écarquiller les yeux des drôles pour leur donner la lueur égarée du regard des vieux cochons. Elle grignote, à la main, un pigeonneau rôti dont la graisse fait reluire ses ongles vernis. Lui aura exécuté en trois coups de cuiller un Parmentier de canard sauvage. Mais l'œil noir du futur ogre est ailleurs. Les fragrances amoureuses de la nuit lui ont rappelé les senteurs fougueuses du maquis ajaccien. Le pouvoir est pour bientôt.

Pendant ce temps, dans un pub de son exil londonien, l'indépendantiste corse Pasquale Paoli déjeune avec le juriste Angelo-Maria, son filleul, secrétaire et lieutenant. Ils avaient commencé le repas avec des pois Carlin cuits au bacon. Puis, Dieu sait comment, ils en étaient venus à disputer des particularités aromatiques respectives des maquis cortenais et sartenais. La conversation tournait au vinaigre quand ils s'aperçurent qu'ils mangeaient une «steak and kidney pie» effroyablement ratée. Les deux exilés, conseillers de la Couronne, émargeant au budget du Royaume, renoncèrent à lancer leurs assiettes sur le miroir vénitien qui ornait l'arrière du bar. Bientôt, Pasquale serait reçu à Paris en tant que «martyr de la liberté».

Et comme à Paris tout finit par des chansons: «A la Bastille on l'aime bien Lily peau d'chien…»