La production éditoriale des livres de cuisine est La production éditoriale des livres de cuisine est en plein boum. Un boum qui a souvent des allures de pet foireux. Nous voyons apparaître toutes sortes d'ouvrages, parfois signés par des gens connus qui viennent de découvrir que les casseroles ont une queue, à l'intention d'un public dont on pourrait croire, à la lecture de leur prose ou de celle de leurs nègres, qu'il compte une majorité de demeurés. C'est par charité que nous ne citerons pas d'exemples. Par charité, et par crainte d'un procès. Remarquons qu'il manque, à ce cortège de livres débiles, des titres tels que «Je cuisine en trottinette», «La Pâtisserie pour les yeux bleus», et «1000 recettes de pizza». Quant aux livres de prestige commis par les grands cuisiniers, leur intérêt, pour l'amateur, est souvent plus décoratif que pratique.

Heureusement, de temps en temps, on peut alimenter la bibliothèque gourmande avec des textes plus consistants comme «La Mère Royaume», de Corinne Walker (Georg), où l'on trouve de nombreux menus commémoratifs de la fameuse Escalade, «Le Mangeur neuchâtelois au temps des Lumières» (Nouvelle Revue neuchâteloise), titre explicite, «Livres en bouche» (Bibliothèque nationale de France), où l'on fait le tour des collections de

la bibliothèque traitant de l'art culinaire français du XIVe au XVIIIe, «Les Particules alimentaires» de Maurice Bensoussan (Maisonneuve & Larose), sur la naissance de la gastronomie au XVIe, «L'Ordre des mets», de Jean-Louis Flandrin, où l'historien observe les modifications de la présentation des mets, en fonction de l'évolution du savoir médical et des représentations sociales.

Et aujourd'hui, bingo, sommes-nous tenté de dire! Nous arrive «Le Courtil des gourmets», de Vincent Albouy (Editions de Terran). Vincent Albouy, entomologiste de formation, est attaché au laboratoire d'entomologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Il est aussi président de Ponema, qui promeut la protection de la faune et de la flore dites banales. Entomologiste et naturaliste, auteur de nombreuses publications, il signe ici un travail sur les jardins du Moyen Age, les courtils. En étudiant des documents de l'époque, il a inventorié les légumes cultivés alors en Ile-de-France et la façon de les cuisiner.

On découvrira l'ancêtre de la «torta di blea» niçoise, une tarte aux bettes.

Nombreuses et belles illustrations, une très bonne pêche d'érudition gourmande pour un très bon appétit.