Retrouver quels sont diable les sept péchés capitaux est un jeu de société pour mécréants. Mais ce jeu n'en reste pas moins un excellent exercice de la mémoire, comme essayer de retrouver le nom des sept nains de Blanche-Neige, égrener les appellations des dix crus du Beaujolais, ou réciter, dans l'ordre croissant de leur altitude, tous les 4000 du Valais. Les sept péchés capitaux connus sont, dans l'ordre alphabétique, l'avarice, la colère, l'envie, la gourmandise, la luxure, l'orgueil et la paresse. Et ce huitième péché? Le chocolat! Or, si le cassoulet est un anxiolytique culinaire reconnu, le chocolat, lui, est un amant alimentaire. C'est Giacomo Casanova, un expert, qui l'aurait affirmé.

Le chocolat doit sa réputation d'aphrodisiaque aux conquistadores. Ces aventuriers constatèrent que le roi Moctezuma II, afin d'honorer correctement ses nombreuses reines, prenait une cinquantaine de tasses de chocolat par jour. Revenus en Espagne, ils rapportèrent cette observation aux autorités. Juan de Cardenas en conclut que cet aliment conduisait au péché de chair, et d'autres en déduisirent qu'il fallait interdire cette boisson aux moines. Les exhortations des sermonneurs restèrent sans effets et bientôt, inviter une dame à un chocolat chaud, signifiait la même chose que lui proposer, quelques siècles plus tard, de feuilleter une collection d'estampes japonaises. Reste que la science n'a pas encore établi que la véhémence des acrobaties d'alcôve était directement proportionnelle à la quantité de chocolat ingérée, ni validé que la consommation de cet aliment pouvait dénouer l'aiguillette, voire embraser son occupant. Mais tout espoir n'est pas perdu puisque, au laboratoire, l'absorption de chocolat amplifie l'entrain amoureux des rats masculins.

A toutes fins utiles, il peut donc être profitable de savoir travailler une denrée si porteuse d'espoir. Ainsi, quand on fait fondre du chocolat au bain-marie, il faut éviter les projections d'eau, autrement la masse de l'appareil tournerait en boulettes désolantes. Pour faciliter l'étalage de ce chocolat fondu sur un gâteau, on lui intégrera un peu d'huile d'amande douce. Et pour le rendre brillant, il faudra d'abord le monter à 50 degrés exactement, le descendre ensuite à 30, et enfin le remonter à 50. Quand on aime, il faut savoir compter!

Sources: Khodorowsky K., Robert H., «Le Chocolat, Le Cavalier Bleu», Paris 2004. Loiseau B., Gilbert G., «Trucs de pâtissier», Marabout 2000.