Il est des pays où les poires d'avocat se ramassent à la pelle, comme ici les feuilles mortes et les cœurs déglingués. Là-bas, la cuirasse fripée de ces fruits est d'un vert dont la sombre austérité n'a pour égal que celle des contrevents des plus lugubres de nos presbytères. Or, si la relation langagière de ces augustes poires avec les avocats du barreau nous laisse songeur, reste que leur chair, quand elle est à point, fait anticiper la touffeur d'une William distillée ou, mieux encore peut-être, le frisson acidulé de la fringante vinaigrette d'un pissenlit prochain. Question dents-de-lion, encore un peu de patience quand même, Pâques finira bien par arriver après Noël, lequel nous pend au bout du nez.

Mais, tonnerre de Zeus! Que faire avec un avocat, la poire bien entendu? Eh bien le plus banal, qu'un peu d'amour cuisinier peut rendre sublime, est d'en faire une entrée qui peut attendre au frais, laquelle se présente souvent, patatras, comme de petits cubes pas mûrs, décorant une coupelle de cristal où surfent de fines rondelles de crevettes à peine dégelées. Le tout navigant, plus lourdement que le Kon-Tiki, dans une mayonnaise du commerce et relevée, dans le meilleur des cas, de vodka et de piment.

Bref, passons au guacamole, un amuse-gueule mexicain où la pulpe d'un avocat bien mûr est finement mélangée avec des épices. Chacun y met le grain de sel qui lui passe par la tête, citron, vinaigre, oignon, piment, etc., avant d'y plonger son petit bout de tortilla quand on sert l'apéro, tout en trinquant à la mémoire d'Emiliano Zapata.

Et puis? Grâce à un lointain cousin aussi fermier que californien, qui s'occupait à l'ancienne, façon ranchero, de ses plantations d'agrumes et d'avocatiers, nous avons appris qu'une moitié d'avocat, fortifiée d'un jus de citron du jardin et d'une prise de gros sel de mer, faisait une entrée aussi saine que gourmande, dégustée à la petite cuillère, surtout quand elle est arrosée de Tequila!

Alors? Fallait trouver moyen de mixer tout ça. Pour chaque convive, 1 grosse tomate. La décapiter, l'évider, en conserver toutes les chutes dans un petit bocal. Pour chaque même tête de convive, un avocat fondant. Le peler et en mettre la chair dans le bocal des chutes de tomates. Mixer avec un filet de jus de citron, une pointe de cayenne et une tombée de Tequila. Remplir chaque tomate avec cette pulpe d'avocat mixée, saupoudrer d'un peu de gros sel pour que ça croque, et viva Villa!