Ah! l'été, ses chaleurs, ses bouchons sur l'autoroute, ses coups de soleil dans le cou et au gras du mollet, ses soifs, ses chutes de pierres, ses naufrages, ses taons, ses guêpes sur les tartines, ses fourmis sur le veau en gelée, et ses bébés qui beuglent sur la plage, pelle au poing et la langue ensablée!

Ah! l'été, sa graisse à traire et ses mélanomes, sa bière tiède qui gonfle au fond du sac, sa quille de rosé qui se dandine vers le large, son tire-bouchon au fond du torrent et le couteau suisse qui tombe, clink-clink-clonk, vers les tréfonds de la crevasse!

Ah! l'été des barbecues grotesques, des glaces molles, des sorbets béton, des fruit-salads méprisables, des salades niçoises affligeantes, et de ces assiettes froides et déguisées d'une mayonnaise où campent, sournoises, des légions de bactéries!

Allons, allons! Reprenons-nous et regardons vers le côté bleu du ciel! OK, mais que la peste soit de l'orage et de ses parapluies retournés! En entrée de ce déjeuner, un potage aux aubergines. Chaud? Oui, mais rien n'interdit de le laisser refroidir. Éplucher 500 g d'aubergines, en couper la chair en dés, les faire revenir dans une louche d'huile d'olive. Leur ajouter, dans une casserole, 3 tomates, 1 gousse d'ail, 1 feuille de menthe, 2 l d'eau, sel et poivre. Faire cuire doucement 20 minutes puis passer au mixeur. Verser un petit bol de mayonnaise dans une soupière, et ajouter lentement le potage, en tournant. Relever solidement.

Après un pareil effort, une ratatouille froide de lapin semble être appropriée. Soit traiter un lapin de race, découpé en de convenables quartiers. Les raidir à l'huile chaude, qu'ils restent blonds. Dans une pesante cocotte, faisons revenir, d'abord 2 oignons émincés, puis 3 aubergines coupées en tranchettes, puis 4 courgettes débitées en dés, enfin 3 poivrons polychromes et découpés en de fines languettes. Quand ces figurants se seront détendus, ajoutons 3 dl de blanc sec, 1 dl de purée de tomate et nos quartiers de lapin. Laissons cuire 10 minutes et rajoutons 1 kg de tomates en morceaux, 2 gousses d'ail, un bouquet garni, sel et poivre. Finissons à cuisson lente et laissons refroidir. Servir avec des olives, noires et vertes, et des tranches de citron.

Au dessert, une mousse de mûres. Mixer 500 g de mûres avec 2 jaunes et 100 g de sucre en poudre. Ajouter 2 dl de crème montée en Chantilly et 2 blancs en neige ferme. Servir très frais.

En attendant, on marche à l'ombre.

Sources: CVF juillet-août 1969 et juillet-août 1980.