Les voyages forment la jeunesse et les promesses rendent les fous heureux. Amen. Récemment, contraint de nous déplacer, à plusieurs reprises, par la voie dite des airs,- «bon voyage dans tous les ciels» pavoisait autrefois Air France,- nous retirâmes notre carte d'embarquement à l'un des guichets encombrés d'Air Littoral, à Cointrin. Là, on nous pria de bien vouloir, d'abord, amarrer l'étiquette d'usage à l'une des anses de notre bagage, ensuite d'aller le déposer sur un chariot jaune. Ne restait plus qu'à embarquer, avec retard, dans un appareil coquet dont le confort était bien supérieur à celui que l'on offrait, jadis, dans les Breguet «deux-ponts», aux parachutistes militaires. Nous y attendait une collation, une pâte cuite accoutrée d'un nom pâtissier, surmontée d'un fruit dont l'un des ancêtres avait dû être un abricot. Arrosé de jus de fruit ou de soda, l'eau chaude étant en panne, le plateau était d'une austérité martiale. Escale à Nice, retard encore, et arrivée, enfin, à Figari, où nous attendait la pluie. Fin, pour un tour, des dînettes aéroportées. Dans le sens inverse, au retour, un brouillard inhabituel se colla sur Nice, nuit forcée à Cannes, bons de rafraîchissement, et collation terminale au dessus des Alpes, eau d'Evian, Merlot Rouge du pays d'Oc, fromages sans nom mais convenables, fromage blanc normand sucré style gastronome en culottes courtes, petit pot de crème à café anglaise.

Peu auparavant, Alitalia nous embarquait, au même aéroport et avec un retard comparable, vers Pise. La collation avait aussi une tonalité «cuisines du monde». Les biscuits salés et la confiture étaient suisses, le lait anglais, le beurre français, le saumon de père inconnu, et le miel multi-éthnique, un mélange de sources argentine, hongroise, et italienne. Bref, escale à Milan, et arrivée, avec un retard désormais coutumier, à Galileo Galilei, où nous attendaient la fameuse tour et des boules de colle verte, affichées gnocchi al pesto («fines herbes»). Nous avalâmes les trois quarts de la portion sans broncher, le sourire de la serveuse contrariant le risque d'étouffement. Risque atténué, avouons-le, par un Lambrusco dell'Emilia.

Pise, ville universitaire de vieille renommée, sur les murs de qui l'on jette encore des graffitis tels que «non au jubilé» ou «merde à XYZ», mais qui abrite aussi un marché de rêve. Près de ses arcades, l'osteria del Porton Rosso : ce midi-là, spaghetti frais aux rougets, petits poulpes à la tomate... Allez, sachons vivre la mondiablisation!