Mercredi 7 avril, Journée mondiale de la santé. Bonne nouvelle. «Tant qu'on a la santé» sont des mots qu'échangent les rescapés d'un mascaret, du tunnel du Mont-Blanc, de la grippe espagnole, d'une avalanche de pierres, d'un contrôle fiscal ou d'un camembert avarié.

La santé, on a pu la décrire, à tort ou à raison, comme étant le silence des organes. Knock, qui s'y connaissait, y décelait un état précaire ne présageant rien de bon. C'est vrai que la santé, il faut tout le temps s'en occuper. Un sacré boulot. La preuve? On dit bien: «Le travail c'est la santé.» D'accord, des esprits mal tournés rajoutent: «Ne rien faire, c'est la conserver» et, pire encore, certains asociaux en profitent pour infiltrer, dans la conversation, une rime imparable: «Celui qui ne fait rien se porte toujours bien.» Mais où allons-nous? Enfin, tant qu'on a la santé…

On est ce que l'on mange, ça on le savait. Manger du jambon risquait de transmettre le gène de la queue en tire-bouchon, des cuisses de grenouille, celui des quadriceps sauteurs, du civet de lapin, celui des oreilles d'âne, de la tête de veau, celui de la langue râpeuse, etc.

Les comportements alimentaires à la mode n'autorisent pas de manger un concurrent pour se fortifier de son agressivité commerciale. Les fantasmes d'incorporation se nourrissent aujourd'hui de produits «bio» dont la pureté, commercialement ambiguë, viendra soulager la pesanteur du corps, écartera la maladie et son opprobre, et confortera l'espoir de voir s'entrouvrir, après quelques yaourts au lait de soja, les portes vertueuses de l'immortalité. On mangera donc du jambon pour son fer, des fruits pour leurs vitamines, du poisson pour ses acides gras, et surtout du sucre de canne roux, cristal fétiche dont il en faut 62,5 kilos pour couvrir les besoins quotidiens en vitamines PP. C'est entrer, grosso modo et tambour battant, dans la cantine des soins intensifs, comme on entre, non pas en religion, mais en secte. Mais, tant qu'on aura la santé….

Le poireau domestique est un animal de compagnie dont le bleu de Solaise est un spécimen délicat, au vert mieux bleuté que celui de ses congénères ayant pris froid. C'est le légume emblématique de la santé digestive, «le balai de l'intestin». Dans la soupe, il accompagne les patates, cuit au vin rouge il éblouit les œufs mollets et, tout nu à la vapeur, il dévergonde le beurre salé. Cuisons-le, à l'étouffée et à feu doux (trente minutes), avec un peu de beurre, puis goûtons-le, à la croque au poivre, avec une tombée d'huile de noix. Santé!

Sources: L'Ami des jardins, avril 1999. Le Monde Diplomatique, mars 1999 (Le Noallec C.: Main basse sur les produits bio. Illich I.: L'obsession de la santé parfaite). Sciences et avenir, décembre 1998, Les aliments du cerveau. Thoulon-Page C.: Pratique diététique courante, Masson 1993.