Thanksgiving étant derrière nous, faut-il considérer son corollaire de dinde comme une répétition générale de celle qui nous attend? C'est que Noël nous pend au nez, et dans un mois Santa Claus aura regagné son iglou finnois. Voilà ce qui nous trottait dans la tête tandis que nous débarrassions les restes d'un dindonneau cuit à la vapeur, qu'une vinaigrette relevée à l'huile d'amandon avait nappée. Alors? Alors la dinde de Noël sera peut-être une oie rôtie sur grille pour ne pas quelle se noie dans sa graisse, un chapon peut-être, un chevreau pourquoi pas. Ou encore casserons-nous la tirelire des vacances pour déboucher deux flacons de Chambertin, l'un pour faire cuire le coq, l'autre pour boire à sa santé.

Quelle que soit la décision prise, des huîtres feront une entrée honorable. Mais la crainte d'aller se faire recoudre une main la nuit de Noël rebute plus d'un gourmand. La procédure est pourtant simple: la main qui tient l'huître est protégée par un vieux torchon replié plusieurs fois. La main tenant l'outil a le pouce à 1 cm du bout de la lame. La lame est introduite aux deux tiers de la coquille à partir de la charnière pour couper le muscle. Reste à détacher la coquille supérieure. A ce stade, les amateurs se divisent en deux clans. Les uns prennent mille précautions pour conserver l'eau originelle qui se trouve dans les coquilles, les autres s'en débarrassent pour attendre que se forme une deuxième eau.

Les clans des eaux se divisent ensuite en divers groupuscules, selon qu'ils tiennent pour le citron, le vinaigre à l'échalote, le poivre et lequel, ou le nature. De plus, les amateurs de petites plates ne fraient pas avec les clients des grosses creuses, tandis que les partisans du cru brocardent les tenants du cuit. Le tout se complique avec une question qui fâche: que boire? Quelques provocateurs ne jurent que par le rouge, du Beaujolais nouveau par exemple. Contre eux se liguent les tribus de la nation du blanc, qui se divisent ensuite en fractions contradictoires: Lémaniques, Bordelais, Bourguignons, Alsaciens, Champenois et riverains de Loire, lesquels ont tous leurs arguments. Mais au fond de la classe, les buveurs de bière brune brandissent leurs chopes et les distillateurs de vodka entonnent une mélopée sibérienne!

Que dire enfin des élevages des grandes marées ou des parcs méditerranéens? Que c'est dans l'étang de Diane, près d'Aleria, que se servaient les empereurs romains, et que se sert encore l'île de Beauté.