«Le gris boulanger bat la pâte à pleins bras, il fait du bon pain, du pain si fin que j'ai faim, on voit le facteur qui s'envole là-bas, comme un ange bleu portant ses lettres au Bon Dieu». Eh bien voilà, nous sommes de retour dans les strophes éternelles de Charles Trenet. Et pourquoi se priver de belles paroles quand le bon pain se fait rare? Car le vrai bon pain c'est de la farine dite de meule, donc issue d'un terroir approprié et moulue calmement à la meule de pierre, du levain naturel issu d'une fermentation lente, de l'eau de source claire et, pour faire bon poids, du sel récolté là où les grandes marées lessivent la surface des eaux.

La bonne vieille boule au levain ne court pas plus les rues que les becs de gaz, mais nous en trouvons de très fréquentables dans les boulangeries Manor (publicité gratis pro deo). Ce genre de pain tient très bien plusieurs jours sur la planche, et nous préférons le trancher quelques jours après sa cuisson. Et quand il est devenu trop raide, c'est le moment d'invoquer les mânes des grands-mamans et de passer au pain perdu, ou aux croûtes dorées, selon les chapelles langagières.

De grands artistes ont su faire de l'art avec de la «récup», les grands-mères aussi. Car fut un temps où jeter du pain, sous prétexte qu'il avait «séché», était considéré comme le huitième des péchés capitaux. D'où un entremets façon fermière, puisque la plupart de ses composants sont présents à l'appel dans les placards de la cuisine dont les fenêtres s'ouvrent sur une pente fleurie, ou dans les recoins les plus insolites de la basse-cour où madame poule s'en va pondre.

Pour une somptueuse tranche de 2-3cm d'épaisseur prise dans la plus grande largeur (25-30 cm) d'une boule rassise, et coupée en deux, battre deux œufs avec un demi-litre de lait entier. Ajouter une mini-prise de sel et une belle giclée d'eau de fleur d'oranger (de la vraie, distillée, et non celle ne contenant que de l'eau du robinet et de l'arôme orange). Verser ce mélange dans un plat creux pouvant contenir les tranches ayant passé au grille-pain. Laisser le pain s'imbiber en tournant de temps en temps, et quand ses capacités d'éponge sont épuisées, le laisser reposer sur une grille à gâteau. Ne restera plus qu'à faire blondir ces tranches, à feu tranquille, dans une poêle fortifiée, par exemple, de beurre clarifié, puis à les saupoudrer généreusement de sucre glace, celui qui fait des nuages quand on souffle dessus.