Le chocolat des œufs et des lapins de Pâques est derrière nous, mais le pèse-personne de la salle de bain semble résolu à en conserver un souvenir durable. Pour évacuer ce problème, il suffit de reléguer cet instrument contrariant au fond de la cave, pas trop près toutefois de la malle où reposent les serviettes de plage et les maillots de bain. L'esprit ainsi libéré, nous aurons alors une vue plus dégagée sur les merveilles du printemps qui s'avancent vers notre table.

Les courges et les potirons sont en train de nous quitter, les vacherins Mont-d'Or partent en congé et les huîtres vont tirer leur révérence. Mais voici venir les langoustines, des crustacés bricoleurs munis d'une scie et d'une tenaille! Les choisir les plus grosses possible et de préférence encore vivantes. Sinon, parmi celles qui sont proposées glacées mais non surgelées, préférer les individus dont la carapace est brillante, l'œil noir et vif, la patte vigoureuse. Les rapporter rapidement dans un sac en papier et non en plastique, et les cuisiner au plus tôt. Au plus simple, les pocher à l'eau salée frémissante, deux à quatre minutes. La chair doit être ferme, et l'accompagnement le plus simple, huile d'olive et citron, reste un des meilleurs.

Le lapereau est au sommet de sa gloire, ne s'étant pas encore gavé d'herbe. La chair est bien rose, et le voile nacré qui la recouvre est un signe de fraîcheur. Le foie est ferme et la graisse des rognons, blanche, adhère au râble. Au plus simple encore, la préparation à la moutarde et à l'ancienne fait toujours plaisir. Entier et généreusement badigeonné de moutarde forte, il rôtit à four moyen. Le plat est ensuite déglacé au vin blanc sec, et un peu de crème donnera de la rondeur à la sauce. Quelques carottes nouvelles, glacées, seront de bonne compagnie, à moins que l'on déniche du chou nouveau, dit chou de Pâques.

Les fromages de chèvre sont encore tout jeunes puisque les chevreaux sont nés depuis quelques semaines à peine. Choisis plus ou moins faits selon le goût, quelques gouttes d'huile d'olive les rehaussent toujours, et il est recommandé de les flatter avec un vin blanc du pays où ils sont élaborés. Ce n'est pas le choix qui fait défaut ici, quel que soit le canton de référence du gourmand.

La Provence libère ses premières fraises, ciflorettes, cigalines, gariguettes, et pajeros. On mettra leur goût encore chancelant aux soins intensifs, sucre, jus de citron et vin rouge.