Sous prétexte d'«informer les gens» et de «protéger les enfants», le quotidien italien Libero a commencé depuis mercredi à publier les noms de pédophiles condamnés de manière définitive. Le journal devrait poursuivre la publication de la liste au cours des prochains jours. Hier, une vingtaine de noms se sont ajoutés aux seize déjà publiés mercredi.

A l'instar de ce qui s'est produit en Grande-Bretagne et en Belgique, voici donc l'Italie lancée à son tour dans ce qui apparaît comme une «chasse aux sorcières». «En Italie aussi la chasse est ouverte», remarquait ainsi hier avec amertume le quotidien La Repubblica. Le directeur du journal télévisé de Rai Uno, Gad Lerner, a estimé de son côté sur son antenne que «la publication de listes de pédophiles aidait sûrement à vendre plus d'exemplaires d'un journal mais certainement pas à sauver des enfants».

Un sondage publié par La Stampa a révélé que 68% des Italiens sont favorables à la publication des listes de pédophiles condamnés. Libero n'a publié aucune adresse mais, derrière chaque nom, il y a une brève description du crime commis.

L'initiative controversée de ce quotidien lancé le 18 juillet dernier par Vittorio Feltri, ancien directeur du Giornale, le journal de la famille Berlusconi, intervient alors que l'Italie est sous le choc après la mort atroce de deux fillettes. Hagere K., une petite Tunisienne âgée de 4 ans, a été tuée à coups de couteau vendredi à Imperia (nord de l'Italie) après avoir subi des sévices sexuels. Une autre petite fille, Graziella M., âgée de 8 ans, a été brûlée vive près de Bari (sud) par un adolescent italien mentalement déséquilibré qui a confessé partiellement son crime.

Ces crimes ont évidemment bouleversé les Italiens et les déclarations de Livia Turco, la ministre des Affaires sociales, affirmant que l'Italie avait «les meilleures lois du monde» pour protéger les mineurs n'ont pas suffi à rassurer l'opinion publique. Le parlement vient de voter une loi pour renforcer les peines contre les pédophiles, et ils risquent désormais une peine de 6 à 12 ans de prison, et jusqu'à 14 si la victime est âgée de moins de 10 ans.

De leur côté, la droite et l'extrême droite n'ont trouvé dans ces crimes horribles qu'un prétexte supplémentaire pour dénoncer «l'incurie» du gouvernement en matière de sécurité et d'immigration. L'assassin présumé de la petite Hagere est un Roumain qui vivait de façon clandestine en Italie, a fait remarquer l'opposition de droite.

Ex-égérie du mouvement populiste de la Ligue du Nord, aujourd'hui à l'Udeur, une petite formation démocrate-chrétienne, l'ancienne présidente de la Chambre des députés, Irene Pivetti a réclamé «l'instauration de la peine de mort» pour les pédophiles (oubliant au passage que la Constitution italienne rejette explicitement la peine capitale).

La petite-fille de Mussolini, Alessandra, députée de Naples et membre d'Alliance Nationale (AN, post-fasciste), a souhaité quant à elle «la castration chimique» des pédophiles car, selon elle, «la prison ne sert à rien». Le numéro deux d'AN, Maurizio Gasparri, a enfin promis de publier bientôt sur son site Internet la liste de tous les pédophiles condamnés dans la Péninsule.

Prudent, le chef de l'opposition Silvio Berlusconi ne s'est pas prononcé sur le bien-fondé de la publication de listes de pédophiles. Il s'agit de mesures «inefficaces», a-t-il tout de même estimé hier au cours d'une réunion dans la station balnéaire de Rimini. «Il faut éviter les lapidations publiques envers ces personnes (ndlr: les pédophiles) qui sont avant tout des malades», a affirmé Silvio Berlusconi.

Selon le Ministère italien de la justice, 284 cas de violences sexuelles contre des mineurs ont été recensés dans la Péninsule au cours des sept premiers mois de l'année. Le plus souvent (sept viols sur dix), il s'agit de drames familiaux.

Dès la rentrée des classes, prévue dans trois semaines, des policiers viendront dans les écoles pour tenir des leçons «antipédophilies», a annoncé le ministre de l'Intérieur Enzo Bianco. Le gouvernement s'apprête par ailleurs à lancer une vaste campagne de prévention et d'information.

Ces mesures seront-elles suffisantes pour calmer une opinion chauffée à blanc et empêcher de nouveaux drames? On se souvient qu'en Grande-Bretagne, un pédophile dont le nom avait été publié par l'hebdomadaire News of the World a mis fin à ses jours après avoir été contraint par ses voisins à quitter son domicile avec sa famille.

Dès mercredi, un commerçant de Rome, père d'une fillette de 3 ans, a eu la désagréable surprise de trouver son nom et son prénom (une homonymie) dans la liste de Libero.