Les champions réunis samedi pour la Fête nationale du hornuss à Frauenfeld ont dû suer à grosses gouttes sous leurs gilets brodés d'édelweiss. Même si l'instrument qui sert à projeter le palet n'est plus en bois, comme autrefois, mais en fibre de verre, ce sport demande un physique ancestral. Et la canicule n'a épargné aucun recoin du pays, pas même ce bastion de la tradition.

De Genève à Saint-Gall, au nord comme au sud des Alpes, les températures ont avoisiné les trente degrés. Dimanche en début d'après-midi, les météorologues ont relevé des températures de 33 degrés à Bâle, de 34,1 degrés à Genève et de 34 degrés à Sion. Il fallait grimper à plus de 3000 mètres pour trouver un peu de fraîcheur, avec une température proche des dix degrés.

A moins d'échapper aux ardeurs du soleil dans les profondeurs lacustres. A l'image de cet Allemand de 38 ans qui a plongé samedi dans les eaux du lac de Neuchâtel et atteint la profondeur respectable de 112 mètres, battant ainsi le record du monde de plongée en apnée. Ce héros n'aura toutefois échappé à l'étuve qu'un bref instant: 4 minutes et 22 secondes, selon les responsables de la compétition.

La canicule a porté sur les nerfs de plus d'un, à en juger par le nombre inhabituel de bagarres et d'incidents. A Zurich, quatre policiers ont été blessés samedi soir au cours d'une rixe survenue lors d'un contrôle d'identité dans un restaurant. Dans la même ville, un jeune homme de 23 ans a lâché son rottweiler sur des policiers avant d'échapper à son arrestation en se réfugiant sur le toit de leur voiture qu'il a défoncé à coups de pied. Près de Sursee (LU), des inconnus ont jeté dans la nuit de samedi à dimanche un vélo d'un pont sur l'A2. Onze voitures n'ont pas pu éviter la collision avec l'engin. Personne n'a été blessé.

La canicule débordait largement des frontières helvétiques. Une dépression centrée sur les îles Britanniques a entraîné de l'air chaud et instable sur une grande partie de l'Europe. Le thermomètre indiquait 37 degrés à Budapest dimanche. A Paris, il n'a pas dépassé les 19 degrés, mais l'atmosphère était particulièrement orageuse. A tel point qu'un accident rarissime s'y est produit. Un jeune homme de 24 ans, qui se promenait dans le Jardin du Carrousel, jouxtant le Jardin des Tuileries, a été touché par la foudre en début d'après-midi. Lorsque l'orage s'est abattu sur la capitale, le promeneur se trouvait à proximité de la grille donnant sur l'avenue du général Lemonnier. L'éclair l'a probablement tué sur le coup.

Cet épisode estival devrait faire place à plus de fraîcheur. Une perturbation salvatrice s'avance. Elle devrait atteindre la Suisse lundi dans le courant de la journée. Ce qui n'empêchera pas le mercure de grimper jusqu'à 28 degrés. Il faudra attendre mardi pour bénéficier d'un temps sec et temporairement plus frais.

La situation n'a toutefois rien d'extraordinaire pour cette période de l'année. L'Europe a connu d'autres épisodes caniculaires. C'est en scrutant les mesures sur de longues périodes que les climatologues parviennent à déceler une évolution à long terme. La température estivale moyenne à Genève était par exemple de 18,2 degrés entre 1876 et 1935. De 1936 à 1995, elle s'est élevée de trois dixièmes de degrés à 18,5 degrés. Les anciens, d'ailleurs, ont étouffé comme nous. Ils disaient: «Temps de la Saint-Bernard (le 20 août): chaleur et soleil riant.»