La déclaration finale de Yokohama a tenu compte des observations faites durant le congrès. Rédigé par la présidence japonaise, le texte étend la notion d'exploitation sexuelle des enfants à l'inceste et aux viols intra-familiaux. Il plaide aussi pour une application «plus effective de la Convention internationale des droits de l'enfant de 1989». Une manière de sermonner les Etats-Unis, seul pays à ne pas l'avoir ratifié avec la… Somalie.

L'élément à retenir est l'ampleur du phénomène tel qu'il a été révélé par ces quatre jours de débat. Si l'on y rajoute les violences sexuelles liées à la pauvreté, aux inégalités sociales, aux guerres ou à certaines coutumes, les atteintes à l'intégrité physique des enfants apparaissent comme un insoutenable fléau à l'heure de la mondialisation et d'Internet: «C'est un enjeu de civilisation», a affirmé la ministre française Ségolène Royal. Et un enjeu dans tous les sens du terme: «Les mafias qui hier tiraient leurs profits de la drogue ou des jeux se reportent maintenant sur le trafic d'êtres humains», confirme Carole Howlett, du Metropolitan Police Service de Londres. «Un enfant asservi peut rapporter beaucoup et les risques demeurent faibles. Dans beaucoup de pays, trafiquer de l'héroïne est passible de la peine de mort, tandis qu'exploiter un mineur n'est même pas un délit…»

Yokohama aura aussi permis de démontrer que la traque engagée contre les responsables d'abus porte ses fruits lorsqu'elle est étayée par des moyens et des lois adéquates. L'opération Cathédrale, rafle mondiale dans les milieux de la pornographie enfantine initiée en 1998 en Grande-Bretagne, en apporte la preuve. La Suisse, qui prône la tolérance zéro, a, de ce point de vue, un rôle à jouer et des initiatives à prendre: trop d'obstacles continuent encore, du côté policier, administratif et judiciaire, de ralentir les procédures engagées par les organisations non gouvernementales contre les réseaux, ou les individus qui confondent les enfants avec un vil objet.