Voyage dans le temps, en compagnie du paléoclimatologue André Strasser: «Entre 1860 et 2000, on observe une augmentation moyenne des températures de un degré – davantage dans les Alpes et aux pôles. Selon les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU (GIEC), la moyenne pourrait s'élever de 4 degrés supplémentaires d'ici à 2100. Le réchauffement étant plus marqué aux pôles, on peut s'attendre à la fonte du permafrost nordique – le sol gelé en permanence – et au relâchement des importantes quantités de méthane qu'il renferme, un gaz à fort effet de serre susceptible d'accentuer le phénomène.»

«Ce scénario ressemble beaucoup à des événements dont on retrouve les traces à plusieurs reprises dans les sédiments anciens. Le cycle typique est caractérisé par une élévation de la teneur en gaz carbonique de l'atmosphère – souvent à la suite d'un épisode volcanique – ainsi que de la teneur en méthane. On observe parallèlement les signes d'un réchauffement massif: hausses importantes du niveau marin, redistributions des espèces. Par la suite, des phénomènes régulateurs ramènent le système à un certain équilibre.»

«A l'époque Flandrienne, il y a 5000 ou 6000 ans, on découvre un climat beaucoup plus humide qu'aujourd'hui, un niveau de la mer deux mètres plus élevé. Le Sahara est couvert de savanes, on y trouve par exemple des girafes, comme en témoignent des peintures rupestres retrouvées en plein désert. Ce passé-là n'est pas si lointain: nous sommes au temps des Egyptiens. Plus tôt, il y a 125 000 ans, à l'ère interglaciaire, on trouve à nouveau en Méditerranée un climat de type subtropical. Le niveau marin dépassait de 5 mètres sa cote actuelle.»

«On connaît des périodes bien plus chaudes encore. A l'Eocène, il y a 50 millions d'années, le niveau de la mer est 200 m au-dessus de celui que nous connaissons. Il n'y a plus de calottes de glace aux pôles. La température moyenne de surface des mers est de 10 à 15 degrés aux pôles (contre 0 degré aujourd'hui), de 25 à 30 degrés à l'équateur (27 à 28 degrés aujourd'hui). Plus loin encore, au Crétacé supérieur, il y a 90 ou 95 millions d'années, la Terre traverse probablement sa période la plus chaude de l'histoire de la vie. La surface de l'océan culmine à 250 mètres au-dessus de son niveau actuel, les températures sont plus élevées encore qu'à l'Eocène.»