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Les archives de presse, notre mémoire collective

Les archives numérisées du «Temps» comportent quatre millions d’articles. Des particuliers se sont pris au jeu et partagent leurs trouvailles sur les réseaux sociaux

Le saviez-vous? La Migros fut à ses débuts détestée comme Uber aujourd’hui, et la coopérative a été plusieurs fois mise à l’amende pour colportage illicite, avec ses camions qui ruinaient le petit commerce. La Suisse a d’abord été un pays d’émigration, longtemps, avant de voter pour une limitation de l’immigration de masse. Et en 1976 déjà, des Lausannois s’inquiétaient de la prolifération de sacs en plastique et de la pollution automobile.

Les archives historiques sont un merveilleux outil pour mettre en perspective les problèmes d’aujourd’hui, qui ont souvent des échos, voire tirent leurs sources du passé. Ce qu'on appelle les archives du Temps sont en fait celles de ses glorieux prédécesseurs, le Journal de Genève (1826-1998), la Gazette de Lausanne (1798-1998) et le Nouveau Quotidien (1991-1998). Notre chef d’édition Olivier Perrin en fait son miel depuis des années, ressuscitant encore récemment lors du vote de Moutier l’émotion du plébiscite jurassien de juin 1974, ou comparant les festivités des Fêtes des Vignerons éditions 1819 et 1919.

Etonnant dans le temps

Passionné d’un exercice souvent étonnant et toujours instructif, le Vaudois Kyril Gossweiler a eu l’idée de partager ses trouvailles en 2016 en lançant un groupe Facebook ouvert à tous et consacré à l’ensemble des archives suisses de la presse. Etonnant dans le temps est un groupe indépendant du Temps, mais qui publie de nombreux articles venus de nos ancêtres – un par jour, proposé à 900 abonnés. De quoi redécouvrir que les polémiques autour de la tour Taoua avaient été précédées de celles autour de la tour Bel-Air, ou que les accidents de vélo ne datent pas d’aujourd’hui: ainsi un «sympathique» consul français s’était-il fait renverser par un conducteur imprudent place Saint-François en 1941 déjà. «Certains thèmes ont peu évolué, d’autres sont très datés.» Parmi ses sujets de surprise: découvrir que Lausanne a dû un jour se prononcer par vote sur le droit des Confédérés de participer à ses élections communales.

Au-delà de l’information, l’explorateur bénévole observe aussi les publicités et les annonces, qui en disent long sur leur époque. Que dire de ces annonces «Recherche femme de ménage, mariage possible» par exemple! L’auteure de ces lignes vous recommande aussi le test «Voulez-vous être un bon époux», paru en 1936. Avec des questions qui laissent songeuse: «Ecoutez-vous patiemment votre épouse sans tambouriner sur la table lorsqu’elle vous parle de quelque chose qu’elle considère important?» Ou encore: «Acceptez-vous que votre femme ait une personnalité?»

Les archives parlent à tous

C’est en cherchant dans Scriptorium d’abord son nom, puis un numéro de téléphone familial, que Kyril Gossweiler s’est pris de passion pour les archives historiques: il est tombé sur un faire-part oublié où son nom figurait, puis sur des annonces passées par sa grand-mère qui lui cherchait une nounou pour le soir. «J’étais lancé.»

«Ce qui m’agace, c’est de devoir passer par quatre sites différents d’archives, regrette-t-il, le site du Temps (accès à la Gazette de Lausanne, au Journal de Genève et au Nouveau Quotidien), Scriptorium (L’illustré, L’Hebdo, 24 heures, etc), E-newspaperarchives.ch (presse romande sauf Vaud, Genève et alémanique) et Lexpressarchives.ch (presse neuchâteloise). Le fédéralisme n’aide pas, il n’y a pas de plateforme commune numérisée.» Dommage aussi que ces sites, tous gratuits, souvent nés grâce à des bibliothèques universitaires publiques et des fondations généreuses et soucieuses de l'intérêt public, ne soient pas optimisés: «Impossible de conserver des historiques de recherche sur le site du Temps ou de Scriptorium par exemple.»

C’est le laboratoire d’humanités digitales de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, le même qui travaille sur la Venice Time Machine, qui est à l’œuvre derrière notre site d’archives numérisées, relancé le 18 mars 2016, à l’occasion du 18e anniversaire du Temps, avec l’appui d’autres partenaires. Une indexation sémantique hors normes, des trésors à portée de clic. Et vous, que dénicherez-vous dans nos archives?


Groupe public Facebook Etonnant dans le temps

Les archives du «Temps»

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