TECHNOLOGIE

Arnaud Stephan, aquadroniste

L’Annécien d’adoption est le concepteur d’un drone qui préfère les eaux aux airs. Son mini-catamaran savant nous en dit beaucoup sur les fonds subaquatiques

On l’imagine, enfant, conduire avec virtuosité une petite voiture téléguidée. Puis plus tard, le regard au ciel, radieux, diriger un hélicoptère télécommandé. «Pas faux! En plus j’étais très bricoleur et plutôt habile. Je pense qu’il est plus aisé aujourd’hui de guider un drone que les objets volants de jadis qui scratchaient au premier coup de vent ou à la moindre fausse manœuvre» dit-il.

Arnaud Stephan, 40 ans, dirige la start-up Latitude Drone à Chavanod, non loin d’Annecy. Pépinière d’entreprises appelée Galiléo, des start-up, des gens plutôt très jeunes qui «coworkent», petits bureaux mais grandes ambitions. Celle d’Arnaud l’a poussé loin dans l’inventivité. Il quittera bientôt Chavanod pour un grand appartement à Annecy. Plus d’espace, plus de confort, moins de convivialité sans doute mais qu’importe! L’essentiel est de mettre le bateau à l’eau et que vogue son destin.

Un jouet d’enfant

Arnaud Stephan s’est lancé début 2017 dans la bathymétrie, science des relevés topographiques des fonds subaquatiques. Mais nul besoin de grosse embarcation à moteur qui pollue, coûte cher, dérange pêcheurs, baigneurs, canetons et poissons. Stéphane a imaginé ce qui de loin s’apparente à un petit catamaran silencieux, presque un jouet d’enfant, mais qui de près est un robot sur l’eau.

Drone de bateau pourrait-on écrire, comme sorti des albums de Tintin, écrivait avec raison un confrère savoyard. Il faut imaginer deux tuyaux évacuateurs de toilettes (?!) en guise de flotteurs (de couleur jaune). Du PVC autrement dit. Mais dessous et dessus, de la très haute technologie.

Une sonde de six kilos, achetée en Australie, qui émet simultanément sur deux gammes de fréquences acoustiques (200 kHz et 33 kHz) et permet de distinguer les substrats durs des vases ou des plantes aquatiques. Dessus, un ordinateur qui a sa propre page web avec connexion wi-fi et un navigateur à longue portée (un kilomètre), développé par la société haut-savoyarde AirNodes. Un seul manipulateur opère depuis la berge. «On va là où un zodiac n’ira jamais et les coûts sont évidemment très inférieurs», résume Arnaud.

Un carnet de commandes bien rempli

Ingénieur géologue et géotechnicien (études à Paris d’où il est originaire), Arnaud Stephan a été salarié dans les travaux publics pendant quinze ans et recruté par Arcadis à Lyon. Envie de liberté peu à peu. Alors lorsque le drone est arrivé, il a conjugué ses deux passions et lancé en 2015 sa start-up, Latitude Drone. Il exploite vite cinq aéronefs télépilotés avec son partenaire Olivier Dufayt, gérant d’Ixalp Drones à Yvoire. Ils proposent de la cartographie et de la topographie.

Un bureau genevois d’études dans l’environnement à qui ils vendent des prestations aériennes leur demande un jour des études sur six sites du Léman en vue de travaux sous-marins. «Nous avons pensé alors à un bateau autonome et low cost, on est partis de rien, on s’est documentés du côté des Etats-Unis où les gens sont très forts en recherche appliquée.» Ils utilisent le logiciel de la société Pix4D à l’EPFL pour produire la cartographie par drone. Les fonds sont reconstitués en 3D.

Et le carnet de commandes se remplit: bathymétrie, aménagements sous l’eau, chantiers subaquatiques, surveillance portuaire. Des gestionnaires de gravière font appel au drone flottant pour par exemple anticiper les volumes à extraire lors d’opérations de dragage. Les communes le convoquent pour une topographie de leurs berges. L’Etat de Genève le réclame aussi car il s’agit de savoir si les bateaux touchent le fond dans les ports souvent évasés en Suisse, comme aux Eaux-Vives.

Au service des secouristes?

L’an prochain, le drone étudiera des sites palafittiques (anciennes maisons sur l’eau) sur le lac d'Annecy pour observer la forme des fonds et le niveau d’envasement. Un large éventail de prestations récompensé le 14 septembre dernier par le Géofab, qui soutient les jeunes entreprises innovantes en leur donnant accès aux données géographiques numériques du Grand Genève.

Arnaud Stephan, lauréat du deuxième prix, a gagné douze jours d’expertise. Il a ciblé ses besoins: améliorer la connexion du drone et son design. «Il fait actuellement 23 kilos et a besoin d’une cure d’amaigrissement. Le PVC des flotteurs sera remplacé par de la fibre de verre et de résine. Il aura une vraie coque et des moteurs à propulsion intégrés dans celle-ci.» Sa vitesse de croisière (1,50 mètre par seconde) devrait être augmentée. Son cher petit bateau pourrait-il être mis au service des secouristes et retrouver un noyé?

Les pompiers d’Annecy l’ont déjà appelé mais les capacités sont encore loin d’atteindre celles d’un sonar. «Mais un vététiste égaré victime d’une chute a déjà été retrouvé sur une paroi par un drone aérien», relève Arnaud. Flottant pour le moment uniquement sur les lacs, son drone pourrait bientôt glisser sur le lit des rivières. «Il ira un jour», promet-il. On le croit. 


Profil

1977: Naissance à Clamart (région parisienne).

2009: Naissance de sa fille Lisa.

2015: Fonde Latitude Drone.

Autre date: «Demain, car il me reste beaucoup à construire.»

Publicité