L'aventure spatiale peut paraître lointaine. En réalité, elle se joue à quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. Comme beaucoup de satellites artificiels, la station orbitale russe Mir est visible à l'œil nu dans le ciel nocturne. Elle sera particulièrement resplendissante sous nos latitudes les matins des 11 et 12 février. Si la météo le permet, ce sera l'une des dernières occasions de l'apercevoir avant sa plongée définitive, programmée pour le 6 mars au-dessus du Pacifique Sud. Il restera encore une petite chance de la voir les soirs des 25 et 26 février.

Comment se fait-il que les conditions d'observation varient autant d'un jour à l'autre? Toutes les 90 minutes, la station boucle un tour de Terre, sur une orbite circulaire, quelque 300 kilomètres au-dessus du sol. Pour comparaison, cette distance représente moins d'un dixième du rayon terrestre. Autant dire que Mir frôle presque la planète et qu'elle n'est visible que des observateurs qui se trouvent sous sa trajectoire. Pour qu'une observation soit possible, il faut donc que le chemin de la station orbitale croise celui de l'observateur, entraîné par la rotation terrestre. Et ce n'est pas tout: il est nécessaire que cette rencontre ait lieu à un moment où l'observateur se trouve sur la face de la Terre à l'ombre du Soleil, pour qu'il fasse nuit, et que la station se trouve, elle, éclairée par le Soleil. C'est ce qui explique pourquoi la station apparaît toujours peu après le crépuscule ou peu avant le lever du Soleil.

La prévision des conditions d'observation favorables en un point géographique donné nécessite des calculs hors de portée du commun des mortels. Il s'agit d'abord de prédire la progression de la station sur son orbite. Son mouvement est influencé par les éventuelles manœuvres entreprises par les contrôleurs spatiaux. Il subit un léger freinage du fait de l'atmosphère résiduelle qui règne à cette altitude. Même les anomalies de l'attraction terrestre influencent le mouvement. Les prévisions tiennent compte de ces effets, mais souffrent d'erreurs de quelques minutes après quelques jours seulement. Il faut donc s'attendre à observer le spectacle un peu plus tôt ou plus tard que prévu.

Horaires sur Internet

Parmi les différents sites Internet qui proposent un service de prédiction, Heavens Above (http://www.heavens-above.com), une émanation de l'agence spatiale allemande, est de loin le mieux conçu. Une consultation de cette merveilleuse calculatrice commence par le choix du point d'observation. La base de données du site offre un choix de deux millions de lieux géographiques à travers le monde. Après le choix du pays, un champ de recherche permet de sélectionner une ville proche (attention, pour trouver Genève, il faut taper «Genève*», pour les autres noms, l'astérisque finale n'est pas nécessaire). Cette étape une fois surmontée, il ne reste plus qu'à choisir l'objet, Mir en l'occurrence, et à se procurer les horaires de passage, ainsi que la carte du ciel avec la trajectoire de l'objet (voir infographie pour les passages de Mir des 11 et 12 février). Les passages favorables se signalent dans les listes, par une valeur de «Magnitude» (abrégée «Mag») négative, qui correspond à une luminosité apparente élevée.

Ces cartes reproduisent le ciel tel qu'on le voit, c'est-à-dire avec l'Ouest à droite et l'Est à gauche. Muni de ce document, on pourra repérer, peu avant l'événement, les constellations importantes et la trajectoire de la station. Les matins des 11 et 12 février, celle-ci sortira de l'ombre terrestre au milieu du ciel, traversera le firmament en moins de deux minutes, et disparaîtra à l'horizon. Les apparitions du soir (comme celles des 25 et 26 février) sont inversées: le point lumineux émerge de l'horizon pour disparaître en vol, en entrant dans l'ombre de la Terre. Sa luminosité correspondra environ à celle de l'étoile la plus brillante du ciel, Sirius. Inutile, en revanche, de tenter de distinguer Progress, le vaisseau fixé à Mir pour la détruire, au moyen de jumelles ou d'un télescope. La poursuite d'un point mouvant avec un instrument est difficile, et la station, observée à près de 300 kilomètres de distance, reste minuscule.

Pour se consoler, si le ciel est couvert, il restera à préparer une observation de la Station spatiale internationale (ISS), qui ne disparaîtra pas de sitôt. Le site Heavens Above permet de localiser ses passages exactement comme ceux de Mir. Les navettes de la NASA, lorsqu'elles sont en vol, ainsi que beaucoup de satellites artificiels peuvent être observés au moyen des données proposées par le site allemand.

La NASA a prétendu que le récent déploiement des panneaux solaires de l'ISS allait considérablement augmenter sa luminosité apparente. Le phénomène s'avère peu important. Ce qui est certain, c'est que le laboratoire international, actuellement un peu moins brillant que Mir, verra sa luminosité grandir ces prochaines années, au fur et à mesure que de nouveaux modules viendront augmenter sa surface réfléchissante.