Nul besoin d'attendre le 31 décembre 1999 pour voir la fièvre mystique prendre de l'ampleur et envahir les médias. L'éclipse solaire du 11 août, qui sera visible sur une partie de l'Europe, mobilise déjà les énergies de tout ce que le Vieux Continent compte d'astrologues, de voyants et autres oracles. Normal: l'exploitation de ce genre de phénomènes célestes constitue leur principal gagne-pain. La fameuse astrologue française Elizabeth Teissier, qui vient de terminer son livre Le Passage de tous les dangers, s'est notamment retrouvée ces derniers temps à la une de nombreux périodiques populaires suisses. Elle leur a livré ses prédictions. Pour elle – ainsi pour tous les professionnels de l'astrologie et de la voyance –, le passage de la lune entre la Suisse (ou presque) et le Soleil ne peut être qu'un mauvais présage. Au mieux, il amènera de profonds changements dans la mentalité des gens, au pire, des catastrophes naturelles, sociales, économiques et politiques.

Tout le monde n'est pas dupe. Des lecteurs ont réagi à une interview qu'Elizabeth Teissier a accordée à la Schweizer Illustrierte du 12 juillet. Un jeune de 12 ans écrit: «Je trouve totalement absurde de faire peur aux gens avec de telles prédictions.» «Elizabeth Teissier trouve que les sectes, la sorcellerie et la superstition sont terribles, note une autre lectrice. Mais que fait-elle donc d'autre?» «Je m'étonne que vous puissiez ouvrir vos colonnes à une diseuse de bonne aventure comme Elizabeth Teissier», s'insurge encore un lecteur.

La principale intéressée rejette en bloc tous ces reproches. «Je ne souhaite pas faire peur aux gens, se défend-t-elle. Mais quand les médias me sollicitent, et ils sont de plus en plus nombreux à le faire à l'approche de l'éclipse, je prends le parti de ne pas me taire et d'exposer mes conclusions qui sont le fruit de mes recherches. L'astrologie obéit à des règles précises. Je ne suis donc certainement pas une diseuse de bonne aventure et ces lecteurs ne font que montrer leur ignorance.» Et d'ajouter qu'au regard des milliers de lettres favorables qu'elle reçoit chez elle, ces quelques sceptiques font figure d'exception.

Pour Peter Rothenbühler, rédacteur en chef de la Schweizer Illustrierte, l'interview d'Elizabeth Teissier ne correspond certainement pas à une recherche de la vérité. «Je perçois l'astrologie comme un jeu de société, explique-t-il. C'est le seul endroit où chacun qui le désire peut se reconnaître. L'horoscope dans un journal populaire est attendu par les lecteurs au même titre que les mots croisés. Je suis étonné de voir le nombre de gens, même cultivés, qui s'adonnent à cette pratique. C'est aussi pour cela aussi que j'accepte de donner la parole aux astrologues.»

Dans la dernière édition du Sonntagsblick, l'approche s'est faite plus critique. Les oracles sont mis au défi: «Si rien ne se passe le 11 août, cela signifie que l'astrologie a un problème.» A ce genre d'ultimatum, les astrologues ont déjà trouvé la parade. Elizabeth Teissier, dans l'interview qu'elle a accordée à la Schweizer Illustrierte, estime: «Si aucun événement extraordinaire ne se produit jusqu'à la nouvelle lune suivante, qui tombe le 9 septembre, alors je renoncerai à l'avenir à faire des prédictions.» De quelques heures, la période décisive pour l'humanité, ou pour une partie de celle-ci, passe sans encombre à un mois.

Mais l'assurance des astrologues reste inébranlable. Nostradamus n'a-t-il pas dit, au XVIe siècle déjà, qu'«en l'an 1999, dans le septième mois [qui correspond à fin juillet-début août pour le calendrier actuel, n.d.l.r.], le grand roi de la terreur descendrait du ciel»? Et pour ne rien arranger, cette période de l'année coïncide grosso modo avec le passage de la sonde Cassini près de la Terre qui transporte à son bord 30 kilos de plutonium.

Mais que les sceptiques qui se gaussent encore de ces fadaises ne se réjouissent pas trop vite. Après le mercredi 11 août arrive, deux jours plus tard un… vendredi 13.