Tantôt paradisiaques, sablonneuses, luxuriantes, tantôt battues par les vents, rocailleuses, inhospitalières… Il est souvent question de paysage lorsque l’on évoque les îles. Pourtant, un îlot peut cacher plus que quelque espèce exotique: il est bien souvent porteur d’histoires. Et ce sont ces récits insulaires que «Le Temps» vous conte cet été.

Les épisodes précédents 

Ils avaient juste envie de faire les fous. Un soir de juin 1965, un groupe d’adolescents résidant à Nukuʻalofa, capitale du royaume des Tonga, décident de voler le bateau d’un pêcheur du coin. L’idée paraît brillante: prendre le large pour échapper au carcan de leur pensionnat catholique, et pêcher quelques poissons au passage. Ils finiront coincés pendant quinze mois sur l’île déserte de ’Ata. Des Robinson Crusoé modernes et rebelles, dont l’histoire est longtemps restée inconnue du grand public.

Elle a des airs de géant couché, ’Ata, son dos bossu et rugueux. Située tout au sud de l’archipel, juste avant l’infini du Pacifique, l’île volcanique est du genre peu accueillante. Deux kilomètres carrés de falaises, recouvertes par la végétation et plongeant sur des plages hérissées de rochers. En haut, un étroit plateau. Pourtant, ’Ata («reflet» en langue tonguienne) a été habitée, probablement dès le Moyen Age. Jusqu’à ce que la traite des esclaves, conduite par un bateau péruvien, ne kidnappe la moitié de la colonie en 1863. Le roi des Tonga interdit alors à sa population de retourner vivre sur l’île.