Elle est de ceux que l’on imagine hermétiques au trac. Pourtant, ses yeux d’un profond bleu et ses joues rougissantes révèlent une légère appréhension lorsque nous la rencontrons à Lausanne. «Je n’ai pas l’habitude de ce genre d’exercice», confie Aurélie Cuttat.

La journaliste de 33 ans est depuis trois années le visage de la chronique Tout nouvo tout bo sur la RTS, dans laquelle elle décortique les informations qui font du bien. «Au départ, l’idée était de sélectionner trois bonnes nouvelles, peu importe qu’elles aient un lien entre elles ou non.»

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Sur un ton à la fois clair et sarcastique, dont elle seule semble détenir le secret, Aurélie Cuttat évoque chaque vendredi en dernière partie du 12h45 des thématiques d’actualité – de la candidature d’Anne Soupa à l’archevêché de Lyon au retour en grâce du vélo en ville – qu’elle examine en moins de trois minutes. Un exercice à la fois ardu et stimulant pour la jeune femme. «Il est très compliqué de trouver de vraies bonnes nouvelles. Il y a presque une obligation de prendre un parti, car une bonne nouvelle pour les uns ne l’est pas nécessairement pour les autres.»

Dernier exemple en date, sa chronique consacrée à l’acceptation au Conseil national du mariage pour tous, et l’avalanche de commentaires négatifs qui lui ont succédé sur les réseaux sociaux. Pas de quoi décourager la Jurassienne. «Il y a certaines choses dont j’ai envie de parler. Si j’étais cantonnée à donner des bonnes nouvelles, cela me frustrerait, au bout d’un moment. Je veux aussi garder la liberté de parler de choses qui ne vont pas. Cette chronique est un joli équilibre», assure-t-elle.

La passion du son

Sur le papier, rien ou presque ne la destinait au journalisme. En 2005, alors qu’elle s’envole pour Québec, Aurélie a à cœur de continuer ses études dans le théâtre. Après trois années, elle obtient un baccalauréat en études théâtrales, dans la section mise en scène. Le voyage semble l’avoir forgée. Aurélie y fait son coming out. «Ce fut une expérience aussi cool que compliquée. J’étais seule, j’y suis restée de mes 18 à mes 21 ans, qui sont des années assez charnières. Cela a été un projet vraiment fondateur dans mon autonomie», se souvient-elle.

De retour en Suisse, elle atterrit à Genève où elle évoluera au Grand Théâtre en tant que technicienne de plateau. Elle sera rattrapée par son amour du son, hérité depuis son jeune âge. «La radio a toujours été allumée chez moi, mes parents l’écoutaient de 6h du matin à minuit. J’arrive à reconnaître les voix des journalistes qui présentaient les 12h30 à l’époque, ce sont mes madeleines de Proust. Je m’amusais même à répéter les flashs info en même temps que les flashistes.»

Une réminiscence qui se traduira par plusieurs passages en radio. Au Québec d’abord, où elle animera l’agenda culturel d’une petite radio locale, puis, quelque temps après son retour, sur la radio jurassienne GRRIF en 2012. «Je postulais pour être animatrice, étant donné que je venais du monde du théâtre, mais on m’a vite fait remarquer que je ne parlais que d’actualité et qu’on me verrait bien dans le journalisme, alors que je n’avais jamais envisagé ce métier.» Elle sera formée au CRFJ, devenu le CFJM.

Une timide extravertie

En 2017, Aurélie ajoute une nouvelle corde à son arc. Avec le lancement de la chronique Tout nouvo tout bo, la Jurassienne découvre la passion de l’image. «Je suis très timide mais j’adore le lien à l’objectif. J’ai vraiment l’impression qu’il y a des gens derrière, je ne sais pas combien ni qui, mais c’est un œil pour moi. Alors, même quand je tourne seule dans un parc, je suis stressée. Je me crée une espèce de trac.»

Je veux aussi garder la liberté de parler de choses qui ne vont pas

Aurélie Cuttat

Elle peut en principe compter sur les monteurs qui l’accompagnent lors des tournages, dans des parcs, des forêts ou au milieu des champs. Au plus fort de la pandémie, le travail de la jeune femme a aussi été mis à rude épreuve. Il fallait tourner seule, parfois dans son salon, et se passer des précieux conseils de ses collègues, ce qui ne l’a guère empêché de remettre ses sujets à temps chaque vendredi matin.

«J’adore faire rire»

«Cela fait longtemps que je n’ai plus de vie sociale le jeudi soir», plaisante-t-elle. Si la journaliste ne se revendique pas humoriste, cette dernière manie pourtant les codes du rire avec aisance. «Je fais des gags depuis que je suis petite. J’adore faire rire les gens. J’en tire toujours une satisfaction. Je suis une femme qui parle et qui rit fort, exubérante quand je suis en confiance», reconnaît-elle. Un trait de caractère dont sont imprégnées la plupart de ses chroniques.

«C’est toute la délicatesse de cet exercice: amener des sujets en les incarnant mais sans les asséner. Il faut un parfait équilibre entre le fait d’apprendre des choses et les amener joyeusement par la forme», commente Aurélie. Un pari qui semble réussi, en partie grâce à la grande confiance que lui confère sa rédaction. «La semaine dernière, j'ai commencé ma chronique en disant «je suis lesbienne, cela n’est même pas un sujet». J’ai une confiance totale accordée sur l’éditorial et ça, c’est très important», conclut-elle.


Profil

1987 Naissance à Delémont.

2005 Voyage au Québec et obtention de son baccalauréat en études théâtrales.

2008 Coming out.

2011 Premiers pas à la radio pour GRRIF.

2017 Lancement de la chronique «Tout nouvo tout bo».


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